Littérature étrangère

Ibtisam Azem

Le Livre de la disparition

✒ Marie Michaud

(Librairie Gibert Joseph, Poitiers)

Alors que la violence, la haine et la destruction fracturent toujours plus Israël et la Palestine, Ibtisam Azem imagine un roman dystopique au cœur duquel se trouve l’impossible oubli des tragédies.

Il y a le propriétaire de serres qui attend en vain les cueilleuses de fleurs, il y a les passagers qui espèrent le passage d’un hypothétique bus. Et puis ce sont des dizaines, des centaines, des milliers de personnes constatant l’absence des Palestiniens ce matin-là. Une grève générale surprise ? Une action terroriste ? Une déportation massive orchestrée par le gouvernement israélien ? Peut-être même une épuration ethnique ? Autant d’hypothèses sur les causes de cette disparition que de manières de vivre et de comprendre la cohabitation forcée entre juifs et Palestiniens, le racisme et la violence. Au-delà de mettre le pays à l’arrêt et de mettre en relief le rôle essentiel des Palestiniens dans la vie réelle d’Israël, cette absence est l’écho d’une autre, celle de la Nakba, l’exil des Palestiniens en 1948, incarnée ici par la disparition de la ville arabe de Jaffa absorbée par l’israélienne Tel-Aviv. Parmi tous les personnages dont le lecteur croise le destin, il y a Ariel et Alaa. Ariel est israélien, Alaa palestinien. Pourtant ils sont amis. Jusqu’au jour de la disparition, jusqu’au moment où Ariel découvre le journal intime d’Alaa, adressé à sa grand-mère décédée comme « orphelin[e] de son pays alors qu’[elle] y habite ». Il prend alors conscience que les blessures et les colères silencieuses n’ont jamais cessé de tourmenter son presque frère. Évidemment empreint de questions politiques complexes et douloureuses, le roman est surtout porté par une sensibilité à hauteur de gens ordinaires pris dans la violence ouverte ou plus feutrée – mais toujours destructrice – d’un territoire fracturé dans lequel « les choses sont parfois brouillées car la douleur est trop grande pour que la mémoire la supporte. Nous l’enfermons dans une boîte noire au fond de nos têtes et de nos cœurs, mais elle nous fait mal, nous dévore de l’intérieur ».

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