Chronique La fin du monde a du retard de J. M. Erre

Et si la fin du monde était prévue pour vendredi prochain ? Et si « un complot séculaire destiné à brider les capacités de l’homme » était en passe d’être révélé ? Et si J. M. Erre nous offrait un nouveau roman loufoque et jubilatoire s’amusant des codes du thriller ésotérique ?

Dans la clinique psychiatrique Saint-Charles – « trois toqués au guide Dumachin » –, se côtoient depuis quelque temps deux patients pas comme les autres : Julius et Alice. Julius est amnésique mais pas complètement ; dans sa tête, « tout est fragmenté, comme les pièces d’un puzzle dans le désordre », sans doute parce que « les agents de l’Organisation n’ont pas pu terminer le travail » visant à effacer sa mémoire. Peut-être n’est-il pas inutile de préciser que Julius est convaincu qu’un complot planétaire se trame dans l’ombre depuis des siècles sous l’égide de Tirésias (oui, oui, comme le devin aveugle de l’Antiquité) et que lui seul peut tenter de déjouer les infâmes méfaits de ce scélérat et de ses sbires (oui, oui, il s’exprime comme ça Julius, surtout quand il doit expliquer sa mission à des néophytes en matière de quête pour sauver le monde). Alice est amnésique elle aussi, depuis que, le jour de son mariage, la salle de réception a explosé et qu’elle est restée la seule survivante. Alors, quand deux étranges intrus pénètrent dans la clinique avec – forcément – de sombres intentions, Julius entraîne Alice dans une course poursuite trépidante et totalement farfelue pour voler le Codex de Tirésias, qui raconte la véritable histoire de l’humanité avant que celle-ci ne soit fictionnalisée par les écrivains (dont la première mission est, c’est bien connu, de « travestir le réel »). Dans cette aventure, ils seront aidés par Ours, un ami geek de Julius, King Chewbacca, un hacker zinzin, mais aussi l’abbé Saint-Freu, un ecclésiastique assez insolite. Une aventure comme celle-ci ne pourrait avoir lieu sans le concours de la police, en la personne du commissaire Gaboriau (pot de départ en retraite moins cinq jours) et son (in)fidèle Matozzi. Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour faire de la quête de vérité de Julius un grand moment pour l’Histoire de l’Humanité… ou tout au moins une franche partie de rigolade sous la plume de J. M. Erre, toujours très en verve. Une nouvelle fois, il met au jour les « recettes » d’un genre littéraire pour mieux s’en amuser, multiplie les clins d’œil et les références aux clichés narratifs et stylistiques les plus éculés pour mieux les subvertir. Après la lecture de La Fin du monde a du retard, vous ne regarderez plus : A. les théories du complot, B. les thrillers ésotériques, C. les pigeons borgnes, D. les libraires, de la même façon… Enfin un roman « qui va nous dévoiler l’extraordinaire vérité cachée derrière notre triste et médiocre réalité » !

Marie Michaud Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

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