Chronique Sauver Mozart de Raphaël Jerusalmy

Hitler a utilisé la musique comme outil de propagande. Otto Steiner a utilisé la musique comme moyen de rédemption, car « sauver “Mozart”, c’est sauver l’humanité » .

« Je n’ai jamais tenu de journal. Avant. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. » Malgré ces réserves initiales, Otto Steiner va écrire presque chaque jour entre l’été 1939 et l’été 1940 depuis le sanatorium où il est soigné. Le Festspiele , festival de musique de Salzbourg qui a lieu chaque été, est l’une des rares choses qui retiennent encore Otto, ancien chroniqueur musical, à une existence dont il ne voit plus que l’absurdité. Ce sera aussi l’occasion d’un unique acte de résistance, aussi improbable qu’inutile… à moins que la résistance et l’héroïsme n’aient pas seulement à voir avec l’efficacité d’un acte mais surtout avec une attitude face à l’oppression, nazie en l’occurrence. Si, pour Otto, le sanatorium semble être une métaphore des camps avec la déréliction, la promiscuité, la dégradation des corps et la mort comme uniques perspectives, il trouvera une raison de (sur)vivre dans ce projet symbolique : « Sauver Mozart ». À travers la voix d’Otto, en quelques mots semés au détour d’une réflexion prosaïque sur le quotidien d’un homme malade, Raphaël Jerusalmy réussit la prouesse de dire le joug du pouvoir dans tous les domaines de la vie du Reich, y compris la culture et l’art, la peur, le climat de délation et la disparition programmée des Juifs.

Par Marie Michaud, Librairie Gibert Joseph, Poitiers

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