Chronique Skoda de Olivier Sillig

Écrire la guerre dans un roman est toujours une gageure. Olivier Sillig réussit ce pari avec Skoda , dont la centaine de pages dévoile l’absurdité de la violence et la fragilité de l’Homme, à travers l’errance d’un déserteur et d’un bébé.

Une chaleur étouffante, un paysage de garrigue dans un pays indéfini, pas très loin d’une frontière, probablement en Europe de l’Est (mais ce pourrait être n’importe où puisque la guerre soumet partout le monde à ses lois). Stjepan, un tout jeune homme, reprend conscience et découvre que ses quatre camarades, soldats comme lui, ont été tués. Comment ? Il l’ignore. Et pourquoi ? Il ne se pose même pas la question. Il est vivant, il va essayer de le rester. Au milieu de ce bain de sang, il découvre un bébé, survivant comme lui, dont la famille a été tuée en essayant de fuir les combats. Malgré les complications qu’implique la présence du nourrisson, Stjepan choisit de le prendre avec lui dans une fuite en avant vers l’inconnu, pour la survie. À 20 ans, lui qui n’a jamais tenu de bébé dans ses bras va devoir trouver le moyen de nourrir et de protéger celui qu’il baptise Skoda, marque de la voiture dans laquelle il l’a trouvé. Suivent des moments de douceur et de bonheur simple autour d’une fontaine, ou dans une famille de paysans qui les accueille ; mais aussi des épisodes d’une grande violence où la guerre et la sauvagerie imposent leur toute-puissance. Pourtant subsiste toujours l’espoir un peu fou de préserver quelque chose de pur dans un monde absurde et dangereux, comme lorsque Stjepan, encore enfant, avait tenté d’envoyer vers l’Afrique et dans des boîtes à chaussures, des hirondelles affaiblies par le manque de nourriture. Malgré le scepticisme de ses camarades, il affirmait farouchement : « Même si, grâce à nous, c’est seulement une ou deux qui revoient la mer […], ça aura valu la peine ». À Skoda, au plus noir de leur parcours, il dira simplement en se souvenant de cet épisode : « Et toi, tu seras l’une d’entre elles ! »

L’écriture sobre d’Olivier Sillig, tour à tour directe et poétique, fait de Skoda un texte très intense, un « presque conte », à la lecture duquel les émotions s’entrechoquent devant le spectacle de la nature humaine, décrite dans ses aspects les plus viles comme les plus nobles.

MICHAUD MARIE, Librairie GIBERT JOSEPH, Poitiers

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