Littérature française

Philippe Vasset

Une vie en l’air

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Chronique de Marie Michaud

Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

« C’est un long trait de béton, tendu à sept mètres au-dessus de la Beauce […]. Tout entortillé d’arbres et de pylônes, il déroule ses arches au-dessus des champs, avant de disparaître sous les futaies. »

E t Philippe Vasset de poursuivre : « La piste ne mène nulle part, et pourtant je l’ai remontée, impatient de me perdre ». Se perdre mais se retrouver aussi car les dix-huit kilomètres du rail de l’aérotrain de Jean Bertin sont le lieu d’ancrage de l’homme et de l’écrivain. Le projet de l’aérotrain était simple et beau : relier Paris à Orléans à très grande vitesse, avec un train se déplaçant sur coussin d’air. C’était en 1974. C’est aujourd’hui la ruine d’un futur jamais advenu, abandonné ou oublié. Mais c’est aussi l’obsession de Philippe Vasset. Conteur, il transforme, par la grâce de ses mots, une friche industrielle en un lieu magique, point de départ de son écriture et de son rapport au monde. Il était enfant quand il commença à explorer ce curieux balcon sur la campagne beauceronne. Solitaire et rêveur, il revient sans cesse sur le rail, l’arpente, s’y installe, observe les environs, les gens qui passent et ceux qui restent. Il a peur parfois. Et, parfois aussi, son imagination fait du rail le point de départ de mille histoires et aventures. Il est sans doute aussi l’origine de l’intérêt poétique de Philippe Vasset pour les lieux abandonnés, invisibles sur les cartes, points de convergence du temps et de l’espace, que son œuvre a déjà explorés. Piste d’envol pour l’imagination, pour la vie et pour l’écriture, le rail de l’aérotrain convertit le quotidien en paysage et l’écrivain transmute le paysage en littérature. Abandonnez-vous aux mots de Philippe Vasset et grimpez avec lui sur le rail de l’aérotrain car cette Vie en l’air est une très belle surprise littéraire.

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