Chronique Je vais beaucoup mieux que mes copains morts de Viviane Chocas

En 2006, Viviane Chocas nous avait enchantés avec Bazar magyar où la quête des origines passait par les saveurs de la cuisine hongroise. Avec Je vais beaucoup mieux que mes copains morts, elle nous entraîne dans une maison de retraite pour un atelier d’écriture aux conséquences inattendues.

Ils sont neuf : Aude, Suzette, Victor, Gabriel, Stanislas, Renée, Sacha, Jeanne et Irma. Neuf pensionnaires de la maison de retraite des Roses à avoir franchi la porte de l’atelier d’écriture que propose Blanche. Pour eux, c’est nouveau et difficile ce que demande cette jeune femme débarquée d’on ne sait où. Comment raconter même l’histoire la plus anodine quand on n’a plus de mots, quand on n’a plus l’habitude d’avoir quelqu’un pour écouter ce que vous avez à dire ? Alors c’est Blanche qui porte leurs paroles, leurs histoires au début du roman, qui leur prête sa voix pour avancer sur le chemin de la mémoire. Et puis, peu à peu, « de l’air, de l’espace, du mouvement » bousculent les habitudes de ses « élèves » jusqu’alors « parqués à l’intérieur d’un enclos de vieillesse » et dont l’immobilité morbide était insupportable à Blanche. D’autant plus que derrière leurs rides, leurs cannes et leurs odeurs, c’est le visage d’un autre qu’elle essaie de deviner, celui de son père, vieux comme eux, parti sans un mot quand elle avait cinq ans. Mais il est plus facile pour Blanche de faire revivre le passé des autres que d’interroger les zones d’ombre de sa propre histoire, même (et surtout) si elles l’empêchent de vivre et d’être heureuse.

D’ailleurs, Blanche n’aime pas l’amour, elle aime faire l’amour, car il lui semble moins dangereux d’abandonner son corps que son cœur, même à cet homme qu’elle rejoint dès qu’elle le peut et qui la touche, au propre comme au figuré. C’est justement pour parler d’amour que Renée assume directement une parole pour la première fois : « L’amour ne peut jamais désespérer. Parce qu’il n’y a que lui pour nous rendre vivants. » et de préciser que « le cœur, le corps et la mémoire, c’est du pareil au même. À la fin, c’est toujours d’amour qu’on brûle : du débord, du manque, du regret, du feu du désir qui nous plie encore… » . C’est encore par amour que le groupe se mettra en mouvement. Par amour de la vie bien sûr, mais aussi par amour tout court.

Je vais beaucoup mieux que mes copains morts est un roman plein de sensibilité et de sensualité qui confirme le talent de Viviane Chocas pour raconter la vie et ses soubresauts, la famille et ses secrets, l’amour, ses délices et ses blessures, et tous les « geste[s] de rien qui [font] la douceur de tout » . C’est aussi une ode aux mots qui remettent debout, à la vérité qu’ils peuvent dire, au pardon qu’ils permettent de demander et, parfois, d’accorder.

Par Marie Michaud, Librairie Gibert Joseph, Poitiers

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