Chronique À l’est de l’Ouest de Miroslav Penkov

Marie Michaud Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

À l’est de l’Ouest est une passerelle entre deux cultures. Entre la Bulgarie de la jeunesse de l’auteur et l’Amérique de sa vie d’homme, il fallait l’écriture pour nourrir le lien. En huit nouvelles, Miroslav Penkov invite à faire le voyage à l’envers.

Il est parfois nécessaire de parcourir des centaines de kilomètres, de changer de continent, de langue et d’habitudes, de tenter de s’intégrer à un nouveau pays pour prendre conscience de son attachement à la terre et à la culture de ses origines. Il suffit parfois de traverser une rivière, une frontière pour changer de monde. Et parfois, c’est simplement en changeant de regard sur le passé ou sur ce que l’on connaît trop que l’on peut mieux comprendre d’où l’on vient et où l’on va. Ainsi en est-il des trajectoires des personnages des huit nouvelles du recueil de Miroslav Penkov. Qu’ils rêvent de quitter la Bulgarie pour passer à l’ouest ou inversement (« À l’est de l’Ouest »), qu’ils partent vivre ailleurs et souffrent du mal du pays et de la nostalgie de l’âme balkanique (« Lénine aux enchères »), ou qu’ils découvrent que l’être qui leur est le plus proche leur a caché un secret durant toute leur vie commune (« Makedonija »), ces personnages ont un rapport complexe à leur pays, à son histoire récente mouvementée et à leur histoire personnelle inscrite dans le chaos national. Penkov ne prétend pas analyser les enjeux politiques du rapport entre ce que sont ou ont été l’Est et l’Ouest. À travers ses courtes histoires, il brosse avec humanité et humour un tableau à la fois impressionniste et réaliste de son pays d’origine et, comme un conteur, fait apparaître des personnages très différents aux trajectoires parfois douloureuses. Le lecteur se laisse porter par la fantaisie des récits – acheter le corps de Lénine sur eBay pour se rabibocher avec un grand-père resté très communiste, n’est pas chose banale –, mais aussi toucher par l’espèce de mélancolie qui infiltre chacun de ces destins, entre impuissance devant la fatalité et réticence à franchir le pas du changement.

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