Littérature étrangère
Karen Russell
Quand vient la tempête
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Karen Russell
Quand vient la tempête
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Karine Lalechère
Albin Michel
19/08/2026
400 pages, 23,90 €
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Chronique de
Marie Michaud
Librairie Gibert Joseph (Poitiers) -
❤ Lu et conseillé par
5 libraire(s)
- Marie Michaud de Gibert Joseph (Poitiers)
- Bertrand Lesausse de Coiffard (Nantes)
- Élisabeth Jacquart de Le Temps d'un livre (Pontarlier)
- Sébastien Lavy de Page et Plume (Limoges)
- Séverine Aumont-Sanz de Volte pages (Olivet)
✒ Marie Michaud
(Librairie Gibert Joseph, Poitiers)
En s’emparant d’un moment iconique de l’Histoire américaine, Karen Russell réussit à incarner le drame des fermiers pendant le Dust Bowl tout en donnant à comprendre les oublis sur lesquels le pays s’est construit. Magistral !
Au cœur du Nebraska, au plus noir de la Grande Dépression, la petite ville d’Uz subit une terrible sécheresse et une tempête de poussière hors normes. Parmi les personnages dont on découvre l’histoire, une femme sort du lot : elle est ce qu’on appelle une « sorcière des prairies ». Elle accueille dans sa mémoire les souvenirs particulièrement douloureux dont certains veulent se délester, sa mémoire faisant office de coffre-fort. Mais elle n’en connaît pas le contenu, le dépôt se déroulant lors d’une transe. En s’éveillant après la grande tempête, elle comprend que tout ce que sa mémoire gardait s’est envolé. Elle est alors aidée par Dell, une adolescente orpheline dont la mère a été assassinée et qui, entre deux matchs de basket, a décidé de devenir son apprentie. Elle l’aide à forger de nouveaux souvenirs pour faire face aux demandes de retraits des fermiers ruinés en partance vers l’Ouest. Karen Russell s’attache à trois autres personnages : l’oncle de Dell qui l’a recueillie dans la ferme familiale et dont les terres ont été miraculeusement épargnées par la tempête ; un épouvantail au milieu d’un champs de cette ferme ; une photographe afro-américaine envoyée par l’administration pour documenter la tragédie des fermiers locaux et dont les photos montrent aussi bien le passé que l’avenir. Le nouveau roman de l’autrice de Swamplandia tient donc autant du roman historique que du réalisme magique. La tempête à l’origine du drame pourrait bien être une sorte de malédiction liée au massacre des populations autochtones, à l’exploitation irraisonnée des terres ainsi accaparées et à l’oubli volontaire sur lequel a prospéré le pays. Un grand roman américain dense, puissant, foisonnant et surprenant dont les thèmes transcendent le cadre temporel de l’histoire et posent notamment la question de l’amnésie volontaire, individuelle et collective, et de ses conséquences.