Chronique Sous les serpents du ciel de Emmanuel Ruben

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Quand un immense mur sépare les hommes, divise un territoire, un jour ou l’autre, quelques-uns se lèvent pour l’abattre. Sous les serpents du ciel raconte, à travers six voix, le jour où commencera cette révolte.

La première brèche dans l’imposant mur de béton – qu’on appelle dans l’Archipel le « grand barrage » – avait eu lieu à l’automne 2017 quand Walid, un adolescent pilotant un étrange cerf-volant, avait été pulvérisé par une bombe. Quand le roman s’ouvre, vingt ans plus tard, ce sont d’autres adolescents, « funambules de la frontière », qui sont en première ligne pour faire tomber le mur. Viennent ensuite les femmes, innombrables et belles, qui s’interposent entre les cailloux des jeunes et les fusils des soldats. Sous les yeux du monde entier, à travers les écrans des télévisions, le défi d’un enfant aux diktats des adultes s’est transformé en soulèvement d’un peuple opprimé. Emmanuel Ruben nous donne à entendre six voix pour espérer saisir un peu de la complexité de la situation, chacune justifiant son rôle dans la mort de Walid, chacune questionnant les enjeux de la chute du mur. Il y a là Daniel, ancien moine archéologue, Mike, chef des gardes-frontières, Djibril, chef des « border angels », Samuel, ancien observateur pour l’ONU et Walid lui-même, qui semble imposer sa parole au romancier parce que « si les romans ne servent pas à rendre la parole à ceux qui l’ont perdue, alors je vois pas du tout à quoi ils pourraient bien être utiles ». La sixième voix est celle du chœur des femmes, un chant poétique de révolte contre les guerres des hommes, contre la mort des enfants, contre la misère et l’oppression. Si le « grand barrage » ressemble beaucoup à un mur existant au Proche-Orient, il est peut-être aussi tous les murs, réels et symboliques, qui séparent les hommes et morcèlent le monde, le roman invitant le lecteur à réfléchir à leurs rôles et leurs dangers. Roman engagé aux accents de fable, Sous les serpents du ciel est un texte d’une grande puissance.

Marie Michaud Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

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