Chronique La Chaise numéro 14 de Fabienne Juhel

Comment une femme tondue peut-elle marcher la tête haute ? Comment une chaise de bistrot ordinaire peut-elle devenir un personnage de roman ? Par la grâce de la littérature.

« Maria Salaün apparut dans une robe en mousseline de soie blanche. Les pieds nus. […] Outre la robe qui faisait son effet, il y avait les cheveux. Une chevelure flamboyante et compliquée, un magnifique chignon plein de flammèches et d’incandescences. » Voilà l’image que choisit de donner Maria aux quatre hommes qui sont venus la tondre devant l’auberge de son père, sous les yeux de la foule. La tête haute, elle s’assied sur la chaise et se laisse couper les cheveux. Elle ne pleure pas, ne crie pas, ne se débat pas. Si elle subit cette humiliation, c’est qu’elle a vécu un amour interdit avec un soldat allemand. Un amour simple et pur. Mais avec un ennemi de la France. Après la tonte, elle ramasse ses cheveux et emporte la chaise. Pendant les semaines qui vont suivre, elle va tour à tour rendre visite à différents protagonistes de la scène, s’asseoir à nouveau sur sa chaise dans sa robe blanche et attendre que les personnes ainsi visitées lui demandent pardon, du coiffeur au chef du commando, et reprendre ainsi le cours de sa vie. Un roman bouleversant, à l’image du personnage de Maria – beau, fort, émouvant et lumineux –, servi par l’écriture puissante et poétique de Fabienne Juhel.

Marie Michaud Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

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