Chronique Le Dernier Homme de la tour de Aravind Adiga

Après Le Tigre blanc et Les ombres de Kittur, Aravind Adiga revient avec un nouveau grand roman, Le Dernier Homme de la tour, à la fois portrait de l’Inde contemporaine, récit à suspense et fable philosophique.

Vishram est une petite copropriété au cœur d’un quartier très populaire de Mumbai, tout près d’un bidonville. Depuis près de cinquante ans, ses deux tours résistent à la décrépitude et à un environnement de plus en plus difficile. Ses habitants, membres des classes moyennes, revendiquent une gestion collégiale et une moralité irréprochable. Cette microsociété coule des jours plus ou moins paisibles avec ses amitiés, ses tensions et ses petites aventures animées par des habitants aussi différents que Mrs Rego et ses idées progressistes, Mrs Puri et son fils handicapé Ramu, l’agent immobilier arriviste Mr Ajwani, le musulman angoissé Mr Kudwa… Mais les temps évoluent et la modernité efface peu à peu l’ancien monde et ses valeurs, pour le meilleur et pour le pire. Cette évolution est incarnée par Dharmen Shah, promoteur ambitieux, qui souhaite construire à la place des antiques tours de Vishram un immeuble de grand luxe, capable de rivaliser avec ceux construits par ses concurrents dans le même quartier. La petite collectivité se voit donc offrir des sommes mirobolantes pour les dédommager de leur expropriation et cède sans grands états d’âme aux sirènes de l’argent. Pour certains habitants, cela mettra un peu plus de temps, mais tous finiront par signer. Tous, sauf un, Masterji, instituteur à la retraite, veuf, qui refuse de partir et qui sera le dernier homme de la Tour. Mais comme il faut que tout le monde signe pour que chacun empoche son argent, ses voisins et amis se révèlent prêts à tout pour le faire signer, des incitations les plus fraternelles aux pressions les plus abjectes. C’est une nouvelle fois un roman de grande ampleur, agréable à lire et accrocheur que nous offre Aravind Adiga. L’auteur du Tigre blanc nous fait découvrir les tensions qui agitent la société indienne contemporaine à travers le destin de personnages attachants ou méprisables, parfois drôles, symbolisant le plus souvent la misère, les mutations sociales et ce qu’elles produisent : aussi bien des salauds que des héros.

Par Marie Michaud Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

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