Chronique Petites Scènes Capitales de Sylvie Germain

Marie Michaud Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

Après deux textes plus intimes, Sylvie Germain revient au roman avec Petites Scènes capitales qui nous entraîne dans les pas de Lili, petite fille rêveuse et curieuse à la vie familiale un peu cabossée, qui n’a de cesse de comprendre qui elle est et de trouver sa place dans un monde mouvant.

Qui suis-je ? Qui suis-je pour vous ? Qui êtes-vous pour moi ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Pourquoi suis-je ici ? Telles sont les questions que semblent poser et se poser, encore et encore, dans chacun de ses livres, les personnages de Sylvie Germain. Et pourtant, aucun de ses romans ne ressemble au précédent, chaque personnage emprunte sa propre route, fait ses propres faux pas, connaît ses propres troubles. Mais l’enjeu du rapport à soi-même et du rapport aux autres, au monde, est toujours au cœur de la trame romanesque. Lili, l’héroïne de Petites Scènes capitales, se pose ces questions depuis son enfance quand, avec sa grand-mère Nati, elle jouait à identifier les personnages sur la photo où elle ressemble à un poupon dans les bras de sa mère. Jeu bien innocent pour un « je » déjà en quête de lui-même. Cette première « scène capitale » concrétise l’absence primordiale qui marquera toute la vie de Lili, l’absence de sa mère dont elle ne connaît que cette image puisqu’elle les a quittés, elle et son père, quelques mois seulement après sa naissance et qu’elle a disparu en mer trois ans plus tard sans que jamais on ne retrouve son corps. Son père ne tarde pas à se remarier avec Viviane, ex-mannequin à la beauté un peu distante, qui ne cherchera jamais à nouer avec Lili des relations maternelles. De fille unique à benjamine d’une grande fratrie, avec le sentiment de n’« occuper qu’un strapontin au fond du théâtre affectif de la famille », Lili tente malgré tout de trouver sa place auprès de ses nouveaux frères et sœurs et surtout de conserver l’amour de son père et une place privilégiée auprès de lui. L’enfance et l’adolescence de Lili se déroulent ainsi entre amitié, jalousies et bouleversements profonds. Pour ses vingt ans, dans un restaurant chic, Lili se voit révéler sans ambages par son père le mystère qui entourait jusque-là sa venue au monde et la disparition de sa mère. Quelques mois plus tard, dans le tourbillon de Mai 68, jeune femme prête à toutes les découvertes mais sans réelles convictions révolutionnaires, Lili tentera l’aventure de la vie communautaire et, de sa contemplation du monde, naîtra une vocation de peintre, sa sensibilité extrême employée à faire naître les émotions chez les autres à travers ses toiles. Et, sans fin, la valse des questions poursuivra sa ronde… Sylvie Germain retrace, sur une cinquantaine d’années, les « petites scènes capitales » de la vie de Lili, les peignant chaque fois avec une profonde sensibilité et une grande poésie, s’attachant aussi bien à des impressions fugaces et des petits bonheurs, qu’à de véritables drames ou de grandes révélations. Elle évoque avec délicatesse les méandres de l’âme humaine, les vicissitudes des sentiments, les aléas d’une vie pour faire de ce très beau texte, tout en émotions contenues, le roman familial d’une femme en quête d’identité. En concluant son roman sur un facétieux chant d’oiseau, Sylvie Germain confirme que les plus petites choses de la vie sont parfois les plus essentielles.

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