Chronique La Roue de Christian Gailly

Deux ans après Lily et Braine, qui nous avait laissés pantelants, revoilà Christian Gailly avec un recueil de nouvelles où dominent l’amour et l’écriture, où le bonheur semble toujours un horizon inaccessible, où les bifurcations des existences tiennent autant du choix que du hasard.

Lecteurs qui attendez de la littérature qu’elle réponde à vos questions existentielles ou vous conforte dans vos certitudes, passez votre chemin ! Les livres de Christian Gailly ne pourront en aucun cas satisfaire vos exigences. La Roue et autres nouvelles peut-être moins que tout autre. En effet, dans ces huit nouvelles, l’auteur de Be-bop multiplie les interrogations, et les pistes esquissées un instant sont effacées d’une phrase à la page suivante. À chaque instant, il semble jouer avec le trouble qu’il provoque chez le lecteur, déconcerté par les personnages qu’il découvre et par leurs (més)aventures.

Car il est, comme toujours chez Gailly, question d’amour, de désamour, d’incompréhension, de rupture, de trahison, de méprise, de non-dits, de désespoir, d’ennui, de fuite et de mort. Pour les personnages, les situations les plus ordinaires se transforment en épreuves qu’il leur faut réussir pour avoir ne serait-ce qu’une chance de ne pas voir leur vie basculer. Ainsi en est-il pour cet homme qui, demandant à « la femme qu’il prétend aimer », « qu’est-ce qui te ferait plaisir pour ton anniversaire ? », se voit sommer de lui « écri[re] l’histoire du perroquet rouge », défi chimérique qu’il reformule ainsi : « J’aimerais qu’enfin tu me dises ce que j’aime, ce que j’aime qu’on me dise et qu’on ne m’a jamais dit » (« Le perroquet rouge »). Dans ces nouvelles, il est donc aussi question d’écriture puisque les quatre premiers textes mettent en scène des écrivains, la plupart à court d’inspiration, incertains dans le choix de leurs mots, cherchant des prétextes pour échapper à la page blanche, quitte à aller changer la roue d’un couple en panne sous un soleil de plomb (« La roue ») ou à confectionner un gâteau pour sa voisine d’en face (« Le gâteau »). Il y est même question d’un « roman, de Gailly Christian je crois, qui s’appelait je crois " L’Incident " », cité en référence à la situation sans issue à laquelle est confronté un étrange praticien (« Mon client de quatre heures »). En se colletant à l’exercice spécifique de la nouvelle, Christian Gailly nous surprend : on l’y retrouve même et autre, comme dans ces variations musicales dont le thème est toujours là, reconnaissable mais transformé. À la dernière page de la dernière nouvelle, on se dit que décidément la littérature pose plus de questions sur les sentiments qui traversent, portent et bouleversent nos vies qu’elle n’apporte de réponses et que c’est peut-être aussi bien comme ça.

Par Marie Michaud, Librairie Gibert Joseph, Poitiers

Les autres chroniques du libraire

À VOS MARQUES, PRÊTS, LISEZ !

Panne d'inspiration ?

Nos libraires vous conseillent à domicile
tous les vendredis pour vous et vos enfants

Je veux recevoir 6 idées lectures pour moi et ma famille

@