Chronique Pardonnable, impardonnable de Valérie Tong Cuong

Sur son « vélo bleu avec des étoiles blanches peintes sur le cadre », Milo fait la course avec sa tante Marguerite. Soudain, c’est l’accident qui fait passer le garçon d’une enfance apparemment heureuse à un lit d’hôpital d’où il observe sa famille se déchirer. Il n’est alors pas le seul à devoir réapprendre à vivre.

 

Dans la famille de Milo, il y a la mère, Céleste, le père, Lino, la grand-mère (maternelle), Jeanne, et la tante (maternelle), Marguerite. Valérie Tong Cuong nous fait entendre tour à tour les voix de ces quatre personnages, leurs doutes, leurs angoisses, leurs colères et leurs secrets. Elle nous invite aussi à entrer en empathie avec l’un puis l’autre, avec l’un contre l’autre… Car dans cette famille, les rivalités plus ou moins silencieuses se vivent au quotidien. D’abord entre Lino et Jeanne, chacun revendiquant que son amour est celui qui fait tenir Céleste debout. Ensuite entre Jeanne et Marguerite, la mère faisant payer à la fille sa naissance et les secrets qui l’entourent, sa place parasite dans sa relation fusionnelle avec Céleste. Enfin entre Lino et Marguerite, dont la relation à la fois paternelle et fraternelle a été mise à mal il y a bien des années de cela. À l’origine de ces tensions, des non-dits, des petits arrangements avec la vérité, mais aussi des drames et de lourds secrets qui ont fini par gangrener les relations familiales, et que l’angoisse liée à la survie de Milo a brutalement laissé s’exprimer sans retenue. D’autant que chacun est aussi en délicatesse avec ses propres émotions, se débat avec des démons intimes venus du passé. Cette structure chorale à quatre voix est répétée dans les cinq temps de l’histoire : « Le temps de la colère », « Le temps de la haine », « Le temps de la vengeance », « Le temps de l’amertume » et « Le temps du pardon », cheminement nécessaire pour sortir de l’abîme dans lequel la famille a été jetée par l’accident de Milo, sorte de travail de deuil autour des postures et des mensonges qui risquent de la détruire irrémédiablement. Et si Milo a été, bien malgré lui, le catalyseur de ces révélations, il va être aussi l’artisan tenace du maintien des liens et du nécessaire, mais si difficile pardon. Pourtant, pas d’angélisme chez Valérie Tong Cuong : certaines choses ont été brisées qui ne pourront être réparées. Mais, pour Milo, chacun prendra la part de responsabilité qui lui revient et demandera pardon. Plus difficile, chacun devra aussi pardonner et accepter le pardon des autres…
Pardonnable, impardonnable est un très beau roman sur l’amour et le désamour au cœur d’une famille. Avec une grande sensibilité et une parfaite maîtrise de la structure, Valérie Tong Cuong donne de l’épaisseur à des personnages forts, dont les drames et les failles nous touchent. L’intrigue et la révélation progressive des vérités qui conduisent au pardon tiennent parfois du roman noir, auquel la figure de Milo apporte toute sa lumière. Une belle réussite qui confirme le talent de l’auteure pour écrire des histoires profondément humaines et émouvantes !

 

Marie MICHAUD (Gibert Joseph - 86000 Poitiers)

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