Chronique Tout ce que je suis de Anna Funder

Dans Stasiland, Anna Funder racontait les histoires vraies de victimes et d’agents de la redoutable police secrète de la RDA. Dans Tout ce que je suis, elle examine à nouveau les démons de l’Allemagne contemporaine, entre guerre, révolution et montée du nazisme.

C’est en Australie que se trouve le point de départ du roman d’Anna Funder, et dans son amitié avec Ruth Blatt, vieille dame d’origine allemande immigrée à Sydney après la Seconde Guerre mondiale. Ruth est devenue l’un des personnages principaux et l’une des narratrices de Tout ce que je suis. À partir des souvenirs qu’elle lui a – réellement – racontés, Anna Funder a fouillé les archives, écouté des témoins, lu de nombreux livres jusqu’à reconstituer l’histoire de Ruth, de son mari Hans, de sa cousine Dora et de leurs amis de l’époque. Au début du roman, âgée et malade, Ruth reçoit des archives ayant appartenu à l’écrivain Ernst Toller, gloire politique et littéraire de la République de Weimar, ce qui la replonge dans un passé où la joie et l’exaltation de l’engagement révolutionnaire furent balayées un jour de janvier 1933 par l’arrivée d’Hitler au pouvoir. L’autre narrateur du roman n’est autre que Toller lui-même, dont la voix nous parvient depuis son exil à New York en 1939. Voix du présent ravivant des souvenirs vieux d’un demi-siècle, voix du passé ranimant une figure héroïque aimée et jusqu’alors ignorée, les deux axes se conjuguent habilement pour donner au lecteur un récit en perspective des événements qui bouleversèrent à tout jamais la vie de nombreux Allemands : la peur, l’exil, les menaces, mais aussi la résistance et la dénonciation du péril nazi. Au-delà de l’éclairage original d’un aspect méconnu de cette période complexe, Tout ce que je suis est aussi une histoire d’amitié, d’amour fou, de sacrifice, de lutte, d’espoir et de trahison. Anna Funder confirme sa capacité à faire revivre le passé à travers l’écriture romanesque, à recomposer l’Histoire à travers des regards singuliers et émouvants, à interroger les zones sombres de l’âme humaine qui font et défont les figures héroïques.

Marie Michaud Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

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