Chronique Une chance folle de Anne Godard

« C’est quoi, là ? », « Qu’est-ce qui vous est arrivé ? » : telles sont les questions auxquelles Magda se confronte à l’infini dans le regard des autres jusqu’à ce qu’elle décide que les mots – des mots à elle – pourraient tout changer.

Deuxième sélection du Prix Médicis 2017

 

« Ne pas la cacher, ne pas la montrer, ne pas être réduite à elle, ne pas la nier, ne pas me définir par elle, ne pas me définir contre elle, ne pas prétendre qu’elle ne m’a pas marquée, ne pas prétendre qu’elle seule m’a déterminée. » Elle, c’est la cicatrice, la peau ravagée par la brûlure de l’eau bouillante un après-midi ordinaire puis par les multiples opérations de reconstruction. À cause d’elle, Magda est devenue le sacerdoce de sa mère qui oscille entre sacrifice admirable et reproches silencieux. Mais, au-delà du soin, il n’est que rarement question d’amour ou de tendresse, et Magda se sent prisonnière de ce corps que d’autres soumettent à mille gestes douloureux, à mille regards scrutateurs. Alors, au gré des drames qui émaillent sa jeune vie, Magda va peu à peu s’émanciper de la toute-puissance maternelle pour essayer de devenir enfin la maîtresse de son corps abîmé, prenant parfois des risques qui la mènent aux extrêmes limites du danger. Mais la « chance folle » de pouvoir parler avec ses propres mots et de s’inventer une vie à soi est peut-être à ce prix. On avait découvert la plume sensible et saisissante d’Anne Godard avec son extraordinaire premier roman L’Inconsolable (coll. « Double », Minuit) qui évoquait le deuil complexe d’une mère après la mort de son fils. Il aura fallu attendre une dizaine d’années pour découvrir son deuxième roman, non moins extraordinaire, qui questionne à nouveau la figure de la mère mais, cette fois, de l’extérieur. Dès les premières lignes de ce monologue intérieur au long cours, le lecteur est plongé dans la souffrance de Magda, dans ses questions les plus intimes, dans ses folies parfois dangereuses et dans ses rêves d’adolescente en quête d’elle-même. L’écriture d’Anne Godard est sobre, puissante et juste, son nouveau roman magnifique, aux émotions à fleur de peau.

Marie Michaud Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

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