Chronique L’Histoire de l’histoire de Ida Hattemer-Higgins

Halluciné et hallucinant, c’est ainsi que l’on pourrait qualifier le premier roman d’Ida Hattemer-Higgins pour sa faculté à redonner vie aux traces du passé dans le Berlin d’aujourd’hui, avec un sens certain des images et des mots.

Au début de L’Histoire de l’Histoire, il y a le corps d’une jeune femme endormie dans une forêt à l’ouest de Berlin, un matin de septembre 2002. À son réveil, elle ne sait pas ce qu’elle fait là, rentre chez elle et reprend le cours de sa vie, ou presque. Elle s’appelle Margaret Taub, est américaine et s’est installée à Berlin six ans plus tôt. Elle étudie l’Histoire et travaille comme guide pour des circuits touristiques dans Berlin, autour notamment des vestiges du IIIe Reich. Deux ans après son réveil mystérieux dans la forêt, elle est convoquée à un rendez-vous chez une très étrange gynécologue, qui semble la prendre pour quelqu’un d’autre et entreprend de la traiter pour des troubles de la mémoire. Elle découvre alors qu’il y a dans sa vie un « trou » de six mois dont elle n’a aucun souvenir. Tel est le point de départ du roman d’Ida Hattemer-Higgins, qui réussit à rendre le lecteur totalement captif de cette intrigue baroque dont il ne percera le mystère que dans les dernières pages. D’autant que ce n’est qu’un début, puisque après les premiers temps du « traitement », Margaret semble peu à peu perdre pied avec la réalité. À ses yeux, les immeubles berlinois prennent corps (au sens premier du terme), elle se sent épiée par une femme-faucon, incarnation de Magda Goebbels, et se met à jouer aux cartes avec une femme juive qui s’était suicidée en 1943… Au milieu de ce naufrage dans la folie, c’est pourtant à une quête du sens profond des choses que Margaret se livre : « Malheur à ceux qui sont sans réflexion, sans cervelle, sans mémoire […]. Car ce sont eux les immobiles, les prisonniers de l’uniforme et du linceul, les morts en esprit. » Dans ce roman, Ida Hattemer-Higgins construit une intrigue complexe, captivante et singulière autour de questions essentielles sur notre relation au passé et sur la culpabilité, aussi bien sur le plan individuel (avec le personnage de Margaret) que sur le plan collectif, le livre étant conçu de façon à pouvoir être lu de manière allégorique, « comme la fable d’une nation se réveillant lentement après deux décennies d’amnésie ».

MARIE MICHAUD, Librairie Gibert Joseph, Poitiers

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