Chronique Relevé de terre de José Saramago

  • José Saramago
  • Traduit du portugais par Geneviève Leibrich
  • Coll. «Coll. « Cadre vert »»
  • Seuil
  • 27/09/2012
  • 368 p., 23 €

Publié au Portugal en 1980, Relevé de terre est le troisième roman écrit par José Saramago. Il y conte le destin d’une famille d’ouvriers agricoles de l’Alentejo sur trois générations, du début du xxe siècle à la Révolution des Œillets.

Quand le livre s’ouvre, Domingos Mau-Tempo et sa femme Sara ont cheminé tout le jour avec leurs maigres possessions arrimées sur une carriole brinquebalante tirée par un âne. Autour d’eux, le latifundium. Au-delà, l’Alentejo. Au-delà encore, le Portugal et le monde, mais c’est beaucoup trop loin pour qu’ils puissent même imaginer à quoi cela ressemble. Car les Mau-Tempo sont des sans-grades, des petites gens dont la vie n’est faite que de durs labeurs dans les ateliers ou dans les champs et à qui la fatigue ne laisse que peu de temps pour la vie, si ce n’est pour avoir des enfants qui à leur tour vendront leurs bras pour quelques sous et pour la richesse du latifundium. Viendront alors leur fils, Joao, premier des Mau-Tempo à croire à la possibilité d’un changement ; puis le fils de leur fils, Antonio, seul à franchir les limites du latifundium pour tenter l’aventure d’une autre vie en France. Malgré un fatalisme entretenu par l’Église et le manque d’instruction, mais grâce à la propagation d’idées couleur de sang, des hommes et des femmes vont peu à peu tenter de se lever et de refuser, dans la mesure de leur courage et de leurs forces, d’être traités moins bien que des bêtes. Quand le Portugal, sa terre et ses hommes sont racontés par José Saramago, il faut seulement se laisser emporter par le tourbillon d’une fresque incroyable, pleine de poésie, d’humanité et de révolte. Se laisser emporter aussi par le souffle d’une écriture étonnante, toujours foisonnante et dense, qui constitue véritablement la marque de l’auteur du Dieu manchot. Tour à tour conteur, chroniqueur et mémorialiste, Saramago devient aussi oracle pour faire de cette histoire familiale l’histoire d’un peuple, de ces vies ordinaires des destins romanesques. À travers cette histoire dont il ne peut ou ne veut s’extraire, on comprend à quel point le rapport de Saramago avec son pays est complexe.

Par Marie Michaud Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

Les autres chroniques du libraire

À VOS MARQUES, PRÊTS, LISEZ !

Panne d'inspiration ?

Nos libraires vous conseillent à domicile
tous les vendredis pour vous et vos enfants

Je veux recevoir 6 idées lectures pour moi et ma famille

@