Chronique Un enfant à soi de Clare Brown

  • Clare Brown
  • Traduit de l’anglais par Sylvie Schneiter
  • Belfond
  • 01/06/2011
  • 312 p., 18.50 €

Interrogée dans les locaux de la police de Nottingham, Jennifer Kendall évoque le petit garçon qu’elle a enlevé un an auparavant. Où est-il maintenant ? 
La réponse est renvoyée à plus tard, à la fin du roman. Pour l’instant, il s’agit pour elle de raconter l’année pendant laquelle il a partagé sa vie.

On pourrait croire à un fait divers sordide, où une femme en mal d’enfant commet l’irréparable en s’appropriant celui d’une autre. Or c’est ce que Jennifer veut éviter, c’est pour cela qu’elle veut tout raconter dans l’ordre, avant que sa parole n’intéresse plus personne, avant qu’elle révèle où est l’enfant. Un an auparavant, le jour de la fête des mères, cette jeune violoncelliste à la vie bien rangée sort de chez elle pour aller acheter une carte qu’elle n’enverra jamais. Elle rencontre un petit garçon, deux ans à peine, pleurant seul sur le trottoir. Elle le connaît pour l’avoir déjà vu devant ces mêmes immeubles : c’est le fils d’une junkie qui traîne là avec sa bande et qui ne s’occupe guère de l’enfant, sauf pour lui crier dessus ou l’attraper par le bras et le secouer. Alors sans réfléchir, Jennifer prend l’enfant dans ses bras et l’emmène chez elle. Rien n’est calculé, rien n’est prémédité, elle sait juste que l’enfant est triste et qu’il sera mieux avec elle. Comme elle l’explique à la psychologue de la police qui l’interroge, Jennifer n’est même pas en mal d’enfant. Elle essaie juste de faire ce qu’elle croit bon pour ce petit garçon négligé, qu’elle prénomme Arthur. Malgré tout, elle a conscience d’avoir commis un acte incompréhensible pour la plupart des gens, et donc répréhensible au regard de la loi. Elle quitte donc rapidement la ville pour rentrer à Nottingham où elle a grandi, moyen pour elle de se rapprocher de sa mère avec laquelle les relations n’ont jamais été simples. À partir de là, tout va bien ou presque : Jennifer devient jour après jour la mère d’Arthur (y compris à ses propres yeux), pleine d’amour et d’attention, proposant à son petit garçon toutes sortes d’activités ludiques et épanouissantes, bien meilleure que « sa mère d’avant ». Quant à ses propres relations avec sa mère, elles s’améliorent, même si un secret qu’on devine extrêmement douloureux empêche un véritable rapprochement. Mais, dans le même temps, Mark, le père du petit garçon, fait tout pour obtenir la garde de son fils et découvre la disparition de celui-ci. À partir de cet instant, la vérité commence à apparaître, l’inéluctable est en marche et se termine dans les locaux de la police où Jennifer est venue se livrer.


Alternant passé et présent, le récit de cet enlèvement « par amour » est mené comme un thriller, tendu et étouffant. Émouvant, ce roman n’en est pas moins dérangeant par son thème et la mise en perspective des notions de Bien et de Mal qu’il développe.

MICHAUD MARIE, Librairie GIBERT JOSEPH, Poitiers

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