Chronique Et toujours les forêts de Sandrine Collette

Sandrine Collette est une incroyable auteure dans sa capacité, en huit romans, à se renouveler sans cesse. Du polar au thriller psychologique en passant par le roman noir, elle bouscule les codes et joue avec les genres pour nous livrer un magnifique roman post-apocalyptique aux accents écologistes et humanistes.

Corentin a d’abord été un enfant non désiré, mis au monde par une mère absente qui a fini par l’abandonner pour toujours chez son arrière-grand-mère dans un tout petit village de campagne. Il a appris (un peu) l’amour avec cette vieille qui a pris soin de lui dans la dureté et l’austérité mais avec dévouement. Puis il a grandi avec l’envie d’explorer de nouveaux horizons, de quitter « les forêts » pour finalement découvrir la vie. Devenu étudiant avec une joyeuse bande d’amis, il enchaîne les fêtes et la vie légère, espace de plus en plus ses appels et ses séjours auprès de l’aïeule. Et puis un jour, alors qu’ils festoient bruyamment dans les catacombes, la terre est ravagée par un événement d’une violence inouïe qui terrasse et brûle tout sur son passage. Sauvé parce qu’il était sous terre, il découvre l’ampleur de la catastrophe une fois revenu à la surface et ne pense plus qu’à une chose : rentrer chez lui. Chez lui, c’est là où, il l’espère, Augustine, son arrière-grand-mère aura pu survivre. Il entame alors un long périple à pied qui le mènera peut-être vers une forme de salut. Comme si, en souvenir de cet enfant non désiré qu’il était, Corentin se devait se survivre, de perpétuer l’espère humaine. Il tente de recréer un monde disparu, de le faire renaître de ses cendres et nous le suivons dans sa tâche car il est le miroir de nos peines. Il nous donne de l’espoir comme il en donne à sa famille. La forêt qui était un refuge est devenue un lieu dangereux. La vie se déroule dans un monde où le soleil a disparu, voilé en permanence par une couche de nuages qui ne veut pas s’écarter et où la seule couleur extérieure perceptible est celle du sang. Ce roman, bien qu’il soit une plongée au cœur de l’impossible, est essentiel. L’auteure, qui mène son livre avec une grande habileté, laisse une part importante à notre imaginaire. Sans jamais nous donner toutes les clés, elle se contente de suggérer. Ce faisant, elle nous entraîne totalement dans cet univers noir, rural, dur et hostile mais où régulièrement affleurent quelques sursauts d’humanité. Car c’est bien là aussi ce qu’évoque Sandrine Collette, se rappeler qu’il faut faire confiance à l’humain qui sommeille en chacun par-delà la bestialité dont il peut faire preuve pour survivre. Elle joue avec les codes du roman post-apocalyptique et le renouvelle en y mêlant une prose poétique magnifique qui résonne d’autant plus à l’heure où une partie de notre terre est elle-même la proie des flammes et des catastrophes liées au réchauffement climatique.

Maria Ferragu Librairie Le Passeur de l’Isle (L’Isle-sur-la-Sorgue)

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