Entretien La Vengeance des mères de Jim Fergus

  • Jim Fergus
  • Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean-Luc Piningre
  • Coll. «Coll. « Ailleurs »»
  • Cherche midi
  • 22/09/2016
  • 396 p., 22 €

Printemps 1876, quelque part dans les territoires sauvages de l’Ouest américain. Quelques femmes blanches décident d’unir leurs forces aux survivants de différentes tribus indiennes, unis derrière Sitting Bull et Crazy Horse. Elles sont enfin maîtresses de leurs destins, fût-ce au prix du sang.

Dans Mille Femmes blanches, Jim Fergus nous faisait découvrir l’étrange destin de ces centaines de femmes échangées contre autant de chevaux par le président des États-Unis et envoyées aux confins des territoires colonisés pour épouser des Indiens cheyennes. Pourtant, cet « arrangement » n’empêcha pas l’armée de massacrer les membres de la tribu de Little Wolf, femmes et enfants compris. La Vengeance des mères commence avec la fuite des quelques survivants, partis rejoindre le camp des guerriers sioux. Parmi eux, deux femmes blanches, les sœurs Kelly, qui entreprennent de raconter leur histoire sans apprêt ni langue de bois. Au camp, elles rencontrent d’autres femmes blanches fraîchement débarquées de l’Est. Commence alors pour toutes un dur combat pour la survie et un long chemin vers la vengeance. Et, peut-être aussi, la liberté. À travers leurs journaux intimes, ces femmes émergent du passé qui les avait englouties et transmettent la mémoire et la voix des tribus indiennes auxquelles elles ont joint leur destin opprimé.

 

PAGE — Il y a seize ans, paraissait Mille Femmes blanches (disponible en Pocket). Vous y racontiez le destin de ces femmes dont le gouvernement américain avait fait un instrument de négociation avec les Indiens. Dans La Vengeance des mères, nous retrouvons la suite de l’histoire de certaines d’entre elles. Pouvez-vous nous présenter les femmes dont nous découvrons les journaux intimes ?
Jim Fergus ­— Margaret et Susan Kelly, les auteures du premier journal qui constitue le roman, sont des jumelles irlandaises originaires de Chicago. Elles apparaissaient déjà dans le précédent roman et font partie des rares femmes blanches ayant survécu à l’attaque de l’armée américaine contre le village cheyenne du chef Little Wolf, relatée à la fin de Mille Femmes blanches. Au début de La Vengeance des mères, le lecteur les découvre à la fois pleines de rage et le cœur brisé, des ingrédients essentiels dans le désir de vengeance. Le deuxième journal est l’œuvre de Molly McGill. Originaire de New York, elle fait partie d’un nouveau groupe de femmes blanches recrutées par le gouvernement pour épouser des Cheyennes. Comme d’autres volontaires de ce programme, Molly est une réprouvée qui vit aux marges de la société américaine. Elle a rejoint celui-ci dans le but d’échapper à un avenir sans espoir en prison, châtiment pour un crime qu’elle a commis, produit d’une tragédie personnelle inimaginable.

P. — Pourquoi est-ce si important pour vous de donner la parole à des femmes, de retracer leurs parcours spécifiques ?
J. F. ­— Les femmes représentent plus de 50% de la population et elles sont, qui plus est, responsables de la naissance du reste d’entre nous. J’ai toujours trouvé stupéfiant que, tout au long de l’histoire de l’humanité – et encore aujourd’hui –, les femmes aient été cantonnées par les hommes à un rôle subalterne. Pourquoi n’y a-t-il pas plus de femmes dans les gouvernements à travers le monde ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus de femmes chefs d’État ? Pourquoi y a-t-il encore tant de femmes qui n’ont pas le droit de vote, ou même celui de conduire une voiture ? Est-ce parce qu’elles ne sont pas assez intelligentes, compétentes ? Bien sûr que non. Une des responsabilités importantes d’un romancier, homme ou femme, est de donner une voix retentissante à ceux qui s’en voient souvent privés.

P. — Les héroïnes de votre nouveau roman luttent pour leur survie et celle des peuples indiens qu’elles ont décidé de soutenir devant les exactions de l’armée. Est-ce ce choix qui mène à la vengeance que vous vouliez mettre en scène dans le roman ?
J. F. ­— Malgré le titre, je n’envisage pas ce livre comme un roman « vengeur ». Alors, oui, pour les jumelles Kelly, la colère est la première force qui motive leurs actes mais, au cours du roman, elles aussi commencent à comprendre l’inanité de la vengeance. Mon livre est plutôt, comme vous le suggérez, l’histoire d’un combat pour la survie quand il n’y a presque aucune chance de réussir. Les femmes possèdent un instinct fortement développé pour défendre leurs enfants. C’est un thème fondamental de mon roman qui sera exploré de manière approfondie dans le troisième volet de la trilogie.

P. — Le parcours singulier de ces femmes croise l’histoire générale des guerres indiennes et de certaines de leurs grandes figures. Au-delà de l’histoire particulière de quelques personnages, n’est-ce pas aussi cela l’objet du roman ?
J. F. ­— Il ne fait aucun doute que l’objectif central de La Vengeance des mères est de faire connaître les injustices terribles commises par mon pays contre les peuples indigènes. Placer mes femmes blanches au cœur de ces événements, c’est aussi un moyen de rendre plus vivantes encore ces injustices. L’essentiel est de faire véritablement entrer les lecteurs dans la peau des personnages.

P. — Comme dans Mille Femmes blanches, c’est un homme, descendant d’une des femmes blanches, qui assure la transmission du témoignage qui lui a été confié dans des carnets relatant les événements. Ici, cette transmission est doublée de la volonté de poursuivre la mission de son père récemment décédé. Pourquoi aviez-vous besoin de cette nouvelle figure du témoin ?
J. F. ­— Plus de vingt ans se sont écoulés depuis que j’ai commencé les recherches et l’écriture de Mille Femmes blanches et, pendant ce temps, l’auteur aussi a vieilli. Pour les raisons suggérées dans le prologue et l’épilogue de La Vengeance des mères, j’avais besoin d’un personnage plus jeune pour porter cette histoire plus loin et la mener vers le troisième volet de ma trilogie. Donc, j’ai introduit le fils pour créer un lien intergénérationnel entre les deux romans.

P. — Sans dévoiler la fin de cette Vengeance, pouvez-vous nous donner une idée de ce que pourrait être ce troisième volet ?
J. F. ­— J’hésite à parler d’un roman sur lequel je travaille, en particulier quand celui-ci n’est encore qu’à l’état embryonnaire. Tout ce que je peux dire, c’est que le livre commencera là où se termine La Vengeance des mères, et qu’il se développera ensuite dans le présent, avec certains des personnages et leurs descendants. Et je peux vous assurer qu’il ne s’écoulera pas à nouveau seize années avant qu’il soit publié !

Marie Michaud Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

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