Entretien Au pays des kangourous de Gilles Paris

Un matin, Simon, 9 ans, découvre son père recroquevillé à l’intérieur du lave-vaisselle et c’est tout son petit monde qui s’écroule. Dix ans après Autobiographie d’une Courgette, Gilles Paris nous offre une nouvelle histoire d’enfance entre rires et larmes, pleine de tendresse et d’espoir.

PAGE : Comme dans vos deux premiers romans, dans Au pays des kangourous, vous donnez la parole à un enfant confronté à un douloureux événement familial : ici la dépression du père et l’absence de la mère. Vous semblez vous glisser dans leurs têtes avec beaucoup de facilité, d’où vient votre sensibilité exacerbée pour les enfants et leurs souffrances, et surtout votre désir d’en faire des romans ?

Gilles Paris : J’ai toujours écrit comme un enfant de 9 ans... depuis que j’ai 12 ans ! Ne me demandez pas d’écrire comme un adulte, je ne sais pas. Je crois que les mots et le regard de l’enfance donnent une distance et un humour à toutes les situations familiales, ce qui n’est pas pour déplaire à la grande personne que je suis ! La naïveté de l’enfance, son insatiable curiosité et la poésie de son langage permettent de tout dire, tout écrire.

 

P. : Quand il rend visite à son père à l’hôpital, Simon rencontre une étrange petite fille, Lily, qui l’aide à mieux comprendre le mal qui touche son père. Comment avez-vous imaginé ce personnage aussi mystérieux que déterminant ?

G. P. : J’avais besoin d’une enfant « adulte », capable d’expliquer à Simon ce que les adultes n’osent lui dire. Dans certains cas d’autisme, l’intelligence aiguë des patients est frappante, comme en témoigne le bouleversant Moi, l’enfant autiste de Sean Barron paru aux éditions Plon. Et puis j’avais envie d’une enfant fée, une sorte d’ange gardien qui à la fois veille sur Simon, son père et plus largement sur tous les malades. Lily est une sorte de conscience positive de la maladie qui guérit les maux à sa manière. Introduire dans une fiction un personnage irréel ajoute, à mon sens, une magie qui désacralise la maladie et les hôpitaux dans leurs aspects les plus sombres.

 

P. : Tout au long du roman, la présence aux côtés de Simon de sa fantasque grand-mère Lola est un rayon de soleil. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce personnage attachant ?

G. P. : Lola est un personnage mi-fictif, mi-autobiographique. Elle est en effet très inspirée de ma grand-mère paternelle avec qui je faisais tourner les tables, à peu près à l’âge de Simon. J’aimais bien cette idée de pouvoir lui donner une deuxième chance, celle de pouvoir refaire tardivement sa vie, n’ayant pu épouser le père de son fils. Ce qui n’a pas eu lieu dans la vie réelle !

 

P. : Le fait que le récit passe par le regard et les mots de Simon lui confère une certaine drôlerie, même aux moments les plus graves. En quoi cette part de légèreté est-elle essentielle au roman ?

G. P. : Elle est essentielle pour accepter qu’on puisse parler de dépression, d’absence, de drames divers sans pour cela peser sur le lecteur. Sourire de la dépression c’est, il me semble, mieux la comprendre. Peut-être même l’accepter. L’humour et la légèreté sont essentiels pour tolérer les drames des autres qui ont toujours une résonance directe sur le lecteur. Je suis convaincu que l’optimisme est une arme redoutable pour combattre tous les maux. Et dès le plus jeune âge. Dans mes années noires, j’avais perdu ce sens du combat, mais en éternel optimiste que je suis, il en restait une lueur qui m’a sauvé.

Propos recueillis par Marie Michaud, Librairie Gibert Joseph, Poitiers

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