Dossier Bohèmes de

  • Sous la direction scientifique de Sylvain Amic
  • RMN
  • 19/09/2012
  • 384 p., 45 €

Par Marie Michaud Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

La bohème littéraire et artistique est devenue un mythe, alors que les « Bohémiens » pauvres et errants qui l’ont inspirée sont toujours rejetés et exclus. Entre histoire des arts et question sociale, les bohèmes continuent de fasciner.

L’exposition Bohèmes au Grand Palais, à travers les quelques 200 œuvres qu’elle présente, « De Léonard de Vinci à Picasso », propose une réflexion complexe et pluridisciplinaire sur la posture et la philosophie qui sous-tendent le mode de vie bohème des artistes, au tournant du xixe siècle. Quand on parle de bohème, on pense à l’errance et à la liberté. À la marginalité aussi, revendiquée ou subie. Celle des bohémiens qui sillonnaient villes et campagnes, menace pacifique contre l’ordre bourgeois. Celle des artistes qui, par fascination pour cette vie nomade autant que par nécessité financière, optèrent pour une vie de désordre, parfois révolutionnaire. Courbet, en 1850, écrit à un ami : « Je viens donc de débuter dans la grande vie vagabonde et indépendante de bohémien ». Baudelaire, en 1852, s’interroge : « Peut-être l’avenir appartient-il aux hommes déclassés ? » Dans les deux cas, il s’agit de se construire une nouvelle identité en mettant à distance l’ancien ordre du monde et de l’art. Cette tension entre les rêves de gloire et de liberté, et la réalité vécue par une génération d’aspirants écrivains et artistes, entre 1840 et 1870, est au cœur de l’anthologie Les Bohèmes présentée par J.-D. Wagneur et F. Cestor. En 1400 pages et une centaine de textes pour la plupart issus de la « petite presse » de l’époque, ils brossent un tableau riche et captivant d’une réalité qui fut mythifiée par ses propres participants, notamment Murger, dont les Scènes de la vie de bohème inspirèrent Puccini. Issue de la Renaissance, la figure fascinante du bohémien pose une question plus essentielle encore que celle de son rôle dans la fondation d’un mythe moderne dans l’art, celle de l’« apport fondamental des peuples nomades à la construction de l’identité européenne ».

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