Chronique Rose désert de Violaine Huisman

Portrait de femme d’une rare intensité, Rose désert est un maelström d’émotions qui séduit, irrite,impressionne et désarme par son humour, sa singularité, sa crudité, mais qui surtout ne laisse pas indifférent.

Violaine a entamé sa traversée du désert, littéralement : arrivée à Marrakech de New York où elle réside, elle doit se rendre à Dakar via le Sahara. C’est ainsi que nous la découvrons, un rien échouée, fumant des clopes, buvant du café, à Nouakchott, capitale de la Mauritanie. Mais ce voyage est aussi la traversée d’un désert affectif : sa rupture d’avec son amant, celle-ci peut-être définitive (le couple n’en est pas à sa première séparation), l’a laissée sans doute plus désemparée qu’elle ne le souhaite ou qu’elle ne l’admet ; elle l’a, en tout cas, poussé à partir. Et ce qui saute aux yeux dès l’entame du récit, c’est que Violaine semble toujours aussi peu prête à se confronter à la suite de son périple : elle a beau être arrivée à l’avant- dernière étape de son itinéraire saine et sauve, cela relève plus d’un petit miracle qu’autre chose tant son impréparation est criante (elle ne s’est renseignée sur aucune des régions de son itinéraire, ni sur la politique et les dangers, ni sur les conditions climatiques, elle ne s’est pas équipée) et elle ressemble encore et toujours à une citadine perdue au milieu des dunes. Il faut ajouter à cela que les évocations de « Lui », son ex-amant, et de leurs rapports pour le moins complexes et pour le moins physiques n’aident pas à penser qu’elle a vraiment tourné la page de cette histoire. À la suite de son premier livre, le très remarqué Fugitive parce que reine (Gallimard et Folio), Violaine Huisman délivre un roman aux nombreuses fulgurances où les sentiments et les situations n’ont de cesse d’entrer en collision, à l’instar de son style si particulier, si savoureux, qui mêle avec une rare aisance une oralité percutante à une langue très ouvragée et poétique, nous emmenant, sans retenue ni tabou, au cœur vibrant de la vie de cette femme.

Stanislas Rigot Librairie Lamartine (Paris 16e)

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