Chronique Satori de Don Winslow

  • Don Winslow
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Mercier
  • JC Lattès
  • 03/11/2011
  • 500 p., 22 €

En 1979, Trevanian (Rodney William Whitaker pour les intimes) publiait un roman au titre étrange, Shibumi, qui allait rapidement rencontrer le succès et gagner la famille enviée des romans dits cultes. Nous y suivions les aventures d’un étrange tueur à gages, Nicholai Hel, fils d’une aristocrate russe ayant fui les bolcheviques et d’un père allemand qu’il n’a pas connu ; polyglotte (il parle cinq langues), adepte du jeu de go et des arts martiaux, il combattait une mystérieuse société secrète, la Mother Company. Trevanian est mort en 2005 et ses ayants droit, dont sa fille, ont confié le sort de Nicholai Hel à Don Wislow pour que celui-ci poursuive ses aventures. Vu le pedigree du Don (La Griffe du chien est un des tous meilleurs romans policiers de la dernière décennie), l’idée paraissait intéressante. À la lecture de Satori, le moins que l’on puisse dire est qu’ils ont bien fait – précisons qu’il n’est absolument pas nécessaire d’avoir lu Shibumi pour se laisser embarquer par l’art de l’écrivain. Don Wislow, abandonnant par la même occasion la Californie de ses derniers romans, nous plonge avec la maestria qu’on lui connaît dans cette Asie pour le moins troublée de l’après Seconde Guerre mondiale. Nicholai Hel moisit dans les geôles américaines depuis trois ans et malgré les interrogatoires et la torture, il essaye de maintenir un semblant d’équilibre, notamment grâce à la pratique de la méditation. Il avait été arrêté par les forces d’occupation alliées après avoir tué son père spirituel, le colonel japonais Ishigawa, lui évitant ainsi la honte d’une exécution en place publique, Ishigawa étant considéré comme un important criminel de guerre. Au moment où Satori débute, Nicholai est libéré sur ordre de la CIA qui lui offre un marché : une certaine forme de rédemption et surtout un passeport pour aller se refaire une vie, en échange de quoi il doit assassiner Yuri Vorosherin, haut commissaire soviétique, charmant personnage au passé débordant de cadavres (il s’est occupé notamment de certaines purges) en poste à Pékin. Le problème, c’est que depuis la prise de pouvoir de Mao, la Chine, et plus particulièrement sa capitale, sont sous haute surveillance, et que pour un oui ou pour un non, les gens disparaissent, sont torturés et meurent. Nicholai accepte le marché. Commence alors une danse – mortelle pour bon nombre des participants – entre barbouzes russes et infiltrés américains (pas tous d’accord sur la manière dont les choses doivent se passer), agents du gouvernement chinois et factions dissidentes, sans oublier la femme fatale, dans une ville se révélant vite un gigantesque piège. Et le roman ne fait que débuter. Sens du tempo et scènes marquantes (le raffinement chinois…), personnages des plus troubles et rebondissements toutes les deux pages, écriture au cordeau qui asphyxie son lecteur, seule victime volontaire, cette préquelle se révèle être l’excellente surprise de cette année plutôt faible côté polar. Furieusement conseillé.

RIGOT STANISLAS, Librairie LAMARTINE, Paris

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