Chronique La Fiancée libanaise de Richard Millet

Poursuivant, inlassable, une œuvre où la réalité et la fiction se dissolvent dans la langue, Richard Millet convoque à nouveau les ombres du passé au travers de magnifiques variations en femmes majeures.

Pascal Bugeaud, l’écrivain, reflet plus ou moins fidèle d’un Richard Millet dont les contours gagnent en profondeur à chaque livre, est de retour à Siom, sa terre natale – elle aussi imaginaire, elle aussi pourtant bien réelle – décrite en de nombreuses occasions dans les romans qui précèdent cette Fiancée libanaise, tel l’indispensable Ma Vie parmi les ombres.

Sahar, une jeune femme qui se révèle être originaire du Liban, autre thème récurrent des romans de Richard Millet (enfant, il y a vécu de nombreuses années et il y retournera lors de la guerre civile), doctorante, désireuse de consacrer sa future thèse à la place de la femme dans l’œuvre de Pascal Bugeaud, vient pour le rencontrer. Alors que celui-ci se cache, attendant l’instant qui lui semblera propice pour rencontrer cette jeune femme, elle entame une discussion avec Françoise, la sœur de Pascal qui l’accueille. Dans les évocations de cette dernière – d’abord réticente et qui se montre au fil des rencontres d’une précision parfois déroutante sur la vie de son frère –, dans les liens qui se tissent entre les deux femmes, dans cette attente de l’écrivain soudainement fantôme, se dessinent les portraits de femmes qui ont traversé la vie de Pascal Bugeaud, le marquant à jamais. Ici une paire de seins simplement offerte au regard, là un amour éconduit qu’un désir absent ne peut conduire qu’au tragique, là encore, le souvenir amer de l’aridité maternelle.

Sans rien remiser de ce qui a fait (et défait ?) son œuvre aujourd’hui pléthorique, le rythme de ses parutions étant toujours aussi étourdissant (La Fiancée libanaise est son troisième livre de l’année et il publie au même moment, dans la collection « Le Sentiment Géographique », Eesti. Notes sur l’Estonie), Richard Millet revient au meilleur avec ce nouveau roman qui prolonge La Confession négative, se jouant une fois de plus de l’autofiction et des genres en convoquant ces femmes, que cette langue, toujours aussi somptueuse, illumine, érotise et magnifie.

RIGOT STANISLAS, Librairie LAMARTINE, Paris

Les autres chroniques du libraire

À VOS MARQUES, PRÊTS, LISEZ !

Panne d'inspiration ?

Nos libraires vous conseillent à domicile
tous les vendredis pour vous et vos enfants

Je veux recevoir 6 idées lectures pour moi et ma famille

@