Chronique Rock de Philippe Manœuvre

Baptisé à l’électricité, Philippe Manœuvre est la mémoire vivante d’une époque de cuir et de vinyles, d’un monde de géants pour la plupart morts aujourd’hui. Il est temps de raconter cette histoire. Alors sortez vos lunettes noires, perfecto et bagouzes : Ladies and Gentlemen, one, two, three, four…

Évidemment, tout le monde sait que Philippe Manœuvre peut en quelques minutes convertir une famille amish aux délices de Motörhead. Qui l’a lu, vu, entendu, sait que le bonhomme carbure à l’envie et qu’il est impossible de lui résister lorsque le sujet lui tient à cœur. Et cela tombe plutôt bien car aujourd’hui, le long des 280 pages de Rock, le sujet, c’est lui. Rock n’est pourtant pas une biographie au sens stricte du terme : pas de chronologie, pas d’exhaustivité et encore moins de monument funéraire, mais quatorze thèmes, chacun son chapitre, illustrant la vie, les nombreux amours et les non moins nombreuses aventures de l’auteur. Les Rolling Stones y sont-ils ? Bien sûr. Mais là encore, loin de ressasser quelques sempiternelles considérations, le chapitre passera du choc de la découverte du groupe à son approche, de l’impossibilité d’intégrer le mythe au regard porté par la suite, entre opiacés et sautes d’humeur de rockstar. Les Stooges sont-ils eux aussi de la partie ? Et comment ! Ils ouvrent même le bal mais le biais pris est leur reformation, porte d’entrée magnifique à l’évocation de ce groupe aussi maudit que définitif et de leur chanteur, le tout aussi définitif Iggy Pop. Un autre magnifique chapitre synthétise une bonne partie de l’histoire des années 1980, saisissant l’époque au travers des destins croisés de Michael Jackson, Prince et Madonna. Un chapitre explosif revient sur le chaos salvateur du mouvement punk. Une bonne partie de Rock s’éloigne pourtant de la musique et les aventures éditoriales (la folle chevauchée de Metal Hurlant) et télévisuelles (Sex Machine !) occupent elles aussi une place de choix. Et puis au travers d’un étonnant chapitre sur sa famille, d’un autre étonnant chapitre appelé « Mes appartements » dans lequel sont listés ses différents logements et quelques souvenirs qui y sont liés, les lunettes noires s’éclairent, un Manœuvre inattendu apparaît ici et là, quelques touches de mélancolie transparaissent et achèvent ce voyage dans une lumière presque apaisée. Pour mieux redémarrer ? Comme il l’écrit : « j’attends énormément des cinquante prochaines années ».

Stanislas Rigot Librairie Lamartine (Paris 16e)

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