Chronique Mille Excuses de Jonathan Dee

  • Jonathan Dee
  • Traduit de l’anglais par Elisabeth Peellaert
  • Coll. «Coll. « Feux croisés »»
  • Plon
  • 29/09/2020
  • 272 p., 21 €

Au travers de l’implosion de la famille Armsteads, Jonathan Dee plonge au cœur même de la notion de repentance et en profite pour questionner la place prépondérante qu’elle occupe dorénavant dans notre société. Acéré, ce roman est une nouvelle réussite d’un des grands écrivains américains contemporains.

À l’instar de son magnifique Les Privilèges paru il y a maintenant trois ans (disponible en 10/18), Mille Excuses démarre sans aucun round d’observation. Mais si Les Privilèges s’ouvrait sur une éblouissante scène de mariage en un magistral fondu enchaîné, Mille Excuses débute pratiquement par le négatif de celle-ci, le récit de la désintégration d’un couple d’apparence parfaite, les Armsteads, qui se révèle tout aussi éblouissant par sa merveilleuse fluidité et la capacité de Jonathan Dee à nous raconter la vie de ce couple avec une grande précision, et en une poignée de pages. Ben, le mari, brillant associé dans un cabinet juridique, est à la dérive depuis quelque temps déjà et malgré les efforts d’Helen sa femme, mère au foyer, qui passent notamment par leurs rencontres régulières avec un conseiller marital, rien ne semble pouvoir empêcher Ben de s’enfoncer dans ce qui s’apparente à une dépression. Tout cela se joue sous les yeux de leur fille adoptive d’origine chinoise, Sara, qui affronte de son côté l’adolescence. Alors que cette crise de la quarantaine se mut en véritable mouvement d’autodestruction de la part d’un Ben très vite hors de contrôle, ce qui provoque, et la perte de son emploi et la fin de son ménage, Helen n’a bientôt plus d’autre choix que de chercher à gagner sa vie. Elle décide de quitter leur petite ville devenue irrespirable sous le poids de la communauté, emménage à Manhattan avec leur fille et finit par obtenir un travail dans une petite société spécialisée dans les relations publiques, laquelle est dirigée par un vieil homme excentrique. Helen se découvre alors des qualités pour ce métier et semble s’accomplir au-delà de toutes ses espérances. Mais le passé n’est jamais loin. Jonathan Dee s’attaque une nouvelle fois à notre époque et à ses déformations, au travers de l’histoire d’un couple qui s’offre, tel un miroir, à ses réflexions. Après la richesse et ses conséquences, l’image et son impact, il choisit la repentance, explorant son dévoiement dans une société qui s’excuse en permanence et dresse l’information en paravent, oubliant plus souvent qu’à l’accoutumée la profondeur des sentiments. Sans perdre sa redoutable capacité d’analyse et son trait presque chirurgical (les protagonistes sont redoutablement dessinés), l’auteur s’ouvre à une narration percutante qui rend son roman plus accessible que les précédents : il agence avec une mécanique parfaitement huilée les rebondissements et les surprises ; il jongle d’un point de vue à l’autre et passe avec agilité d’Helen à Sara et Ben ; et il laisse son lecteur dans l’expectative jusqu’aux dernières pages (la dernière ?) pour un nouveau tour de force littéraire.

Stanislas Rigot Librairie Lamartine (Paris 16e)

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