Chronique Charlotte de David Foenkinos

Un peu plus d’un an après son triomphe public et critique, que les prix littéraires avaient doublement salué (Renaudot, Goncourt des lycéens), David Foenkinos revient avec une magnifique version illustrée de son désormais fameux Charlotte, incluant aux côtés du texte intégral cinquante gouaches de la peintre.

Lorsque l’on évoque le Charlotte de David Foenkinos, il est de bon ton dorénavant de louer la qualité du livre, sa forme pour le moins originale, sa force et l’émotion qui le traverse de part en part ; il est aussi de bon ton d’évoquer le succès remporté, impressionnant, et de rappeler les conséquences aussi heureuses qu’incroyables que ce succès a eu et continue d’avoir sur le destin posthume de l’œuvre de Charlotte Salomon, cette artiste peintre allemande dont la vie est le sujet du livre. Une reconnaissance enfin obtenue, des initiatives qui se multiplient de par le monde pour poursuivre ce travail de mise en lumière, et des adeptes qui n’ont jamais été aussi nombreux, frappés à la suite de l’auteur par la force et la beauté de cette œuvre. Mais qui aurait prédit il y a un an et demi, ne serait-ce que le dixième de ce qui se passe aujourd’hui autour et grâce à ce livre ? Les premières rumeurs qui faisaient état de la parution d’un nouveau roman de David Foenkinos à la rentrée littéraire, un texte qui ne serait pas une comédie, domaine de prédilection de celui-ci s’il en est, avaient fait se froncer de nombreux sourcils ; les rumeurs suivantes parlant d’un livre qui traiterait d’une peintre oubliée, morte en camp de concentration, avaient laissé planer de sérieux doutes quant à la viabilité de l’affaire. Et pourtant… Aujourd’hui, la réussite incontestable de ce pari, amplement tenu, permet à David Foenkinos de revenir à l’origine du projet et de proposer une version définitive (?) de son Charlotte, une version où le texte intégral (et non retouché) est accompagné de gouaches de Charlotte Salomon. Et ce qui pourrait apparaître comme une simple variation, une énième exploitation en édition de luxe pour les fêtes, s’avère une autre franche réussite, un livre qui, au-delà de l’objet, gagne sa propre identité, affirmant pleinement son rôle dans cette aventure qui ne semble pas prête de se terminer. En effet, il y a d’abord la qualité de la sélection des tableaux, autre pari réussi que ce travail de désolidarisation face à une œuvre aussi dense et resserrée que « Est-ce la vie ou du théâtre » de Charlotte Salomon, véritable autobiographie – David Foenkinos qualifie celle-ci de pré-roman graphique, soulignant l’importance de la narration. À ce choix, s’ajoute un agencement des plus pertinents de tableaux qui irriguent le cœur même du récit, à l’opposé du simple ornement de circonstance. En outre, le soin apporté au livre, son format, son papier et son impression, rendent justice aux gouaches réunies. La lecture s’en trouve ainsi profondément modifiée, se laissant envahir et déborder par ces explosions successives de couleurs, cette vitalité et cette urgence qui viennent chacun leur tour transcender les noirceurs du dramatique destin de la peintre, avant de laisser celui-ci s’accomplir dans le dénuement. Et Charlotte redevient ce formidable hymne à la vie et à l’art triomphant, un hommage à une artiste au talent hors normes, que les soubresauts de la grande Histoire ont manqué de faire disparaître dans l’oubli, avant que le jeu des hasards et le talent d’un écrivain ne viennent à sa rescousse.

Stanislas Rigot Librairie Lamartine (Paris 16e)

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