Littérature étrangère
Russell Banks
American Spirits
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Russell Banks
American Spirits
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Pierre Furlan
Actes Sud
04/02/2026
254 pages, 22,80 €
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Chronique de
Stanislas Rigot
Librairie Lamartine (Paris) - ❤ Lu et conseillé par 20 libraire(s)
✒ Stanislas Rigot
(Librairie Lamartine, Paris)
Loin du fond de tiroir inédit publié à titre posthume, American Spirits est la réponse à une question qui ne tenait jusque-là que du fantasme : qu’aurait pu écrire Russell Banks sur l’Amérique d’aujourd’hui ?
Premier texte paru après la mort de Russell Banks en 2023 (Le Royaume enchanté, publié en France en 2024, était sorti aux États-Unis en 2022), American Spirits se situe à la croisée des chemins, tenant à la fois du recueil de nouvelles et du roman. Il est en effet constitué de trois récits indépendants (tous d’environ quatre-vingts pages), chacune des histoires se concluant, n’ayant pas de lien direct avec les autres, que cela soit au niveau de la trame (à l’exception de quelques détails) qu’au niveau des protagonistes. Mais elles ont en commun un lieu : elles se déroulent toutes dans la petite ville américaine imaginaire de Sam Dent qui se situe à la frontière avec le Canada. L’époque est celle de la première administration Trump et la vision de la société américaine que porte chacune d’elles brosse un tableau effarant. Elles se révèlent finalement indispensable les unes aux autres. Mais quel que soit le genre littéraire dans lequel on range ce livre, ce qui compte, c’est que l’on retrouve ici le meilleur de cet immense écrivain, cette terrible lucidité qui courait le long des chefs-d’œuvre que sont De beaux lendemains ou Lointain souvenir de la peau, sa capacité à décrypter une société sans aucun didactisme, à pénétrer au cœur de ses personnages avec une redoutable justesse, gommant le trop évident clivage du bien et du mal, balayant toute forme de cliché. Et si les trois récits impressionnent par leurs évidentes qualités, ils effraient surtout par leur chronique de la violence et de sa banalisation, par leur évocation de l’effondrement de la notion même de communauté, par leur description d’effroyables effets domino qui n’épargnent personne.