Chronique L’Affaire Sparsholt de Alan Hollinghurst

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Bouleversante traversée du XXe siècle, le nouveau roman d’Alan Hollinghurst confirme, si besoin était, qu’il est un des écrivains les plus doués de sa génération, un styliste doublé d’un psychologue hors pair.

En 1940, Oxford semble pour le moins coupé du monde : la guerre est encore loin et les cours paraissent se poursuivre selon la tradition de l’université. Alors, bien sûr, il y a ce couvre feu qui oblige à masquer les lumières et qui éteint la ville. Bien sûr, certains étudiants semblent s’atteler à d’étranges tâches bien secrètes. À ces détails près, rien n’empêche Peter, Evert, Charlie et Freddie de maintenir l’activité du Club, cercle littéraire qui essaye d’obtenir la visite de grands écrivains pour animer leurs rencontres. Liés par le club, par leur passion des arts, à commencer par la peinture, les jeunes gens voient leur destin basculer avec l’arrivée de David Sparsholt, jeune étudiant au physique avantageux et aux préoccupations bien peu artistiques. Alan Hollinghurst revient cinq ans après L’Enfant de l’étranger (Albin Michel et Le Livre de Poche), qui avait remporté le prix de Meilleur livre étranger de l’année, et offre un roman rare. Rare par l’ampleur de son propos, synthèse d’une certaine société anglaise sur cinquante ans. Rare par la densité des situations – chaque partie semblant être un véritable roman à elle seule. Rare par la richesse de son écriture – son travail sur le temps n’est pas sans rappeler Proust ; la finesse de son analyse psychologique des différents protagonistes évoque Henry James ; le tout évoque avant tout son œuvre, si personnelle et déjà majeure. Rare par le temps qu’il prend, les diverses installations, les descriptions, un bonheur de lecture d’un autre siècle sans pastiche ni passéisme pour autant. Rare dans ses foudroyants jeux d’ellipses qui, d’une partie à l’autre, exigent de son lecteur l’attention nécessaire aux grandes œuvres. Dégagé du cahier des charges d’une époque à digestion rapide, il n’en oublie pas pour autant la force d’une histoire et la capacité à émouvoir : il s’agit bien ici d’un livre de chair et de sang.

Stanislas Rigot Librairie Lamartine (Paris 16e)

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