Chronique Cartel de Don Winslow

  • Don Winslow
  • Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Esch
  • Seuil
  • 08/09/2016
  • 720 p., 23.50 €

En 2005, avec La Griffe du chien (Points), Don Winslow prenait place à la table des géants du roman noir. Onze années plus tard, il remet le couvert (et surtout les flingues) avec le monstrueux Cartel, une sanglante tragédie de 700 pages au rythme halluciné. Et la montagne d’accoucher d’une montagne.

Lorsque, il y a quelque temps, avait commencé à courir la rumeur selon laquelle Don Winslow écrivait la suite de La Griffe du chien, plus d’un lecteur s’était trouvé partagé entre une surexcitation légitime – La Griffe du chien est l’une des pierres d’angle du roman policier américain contemporain –, et une inquiétude qui ne l’était pas moins. Les romans qui avaient suivi oscillaient entre le très bon, tel L’Hiver de Frankie Machine (Le Livre de Poche) ou Missing : New York (Seuil), le décalé façon brutale – je pense à Satori (Points), improbable et percutante suite du Shibumi de Trevanian (Gallmeister) –, ou le cool à la sauce surf marijuana et fusil d’assaut – Savages, La Patrouille de l’aube (Le Livre de Poche). Mais rien n’avait semblé pouvoir tutoyer les cimes de La Griffe. Or voici qu’arrive Cartel. Le K.O est tout sauf technique, et ce dès le premier round. Il faut le dire et l’écrire en majuscule si nécessaire : la suite est supérieure à l’originale, ce qui nous amène tout près du miracle. Donc, partons pour l’année 2004 retrouver d’un côté Art Keller, dorénavant ex-agent de la DEA (Drug Enforcement Administration, service de police fédérale chargé notamment de la lutte contre le trafic de drogue), vivant retiré du monde, et de l’autre Adan Barrera, ex-roi des narcotrafiquants mexicains, parti pour passer plusieurs vies en prison aux États-Unis grâce (ou à cause, ça dépend du point de vue) d’Art Keller. Comme le lecteur peut aisément le deviner, Adan Barerra ne va attendre sagement l’Alzheimer, et Art Keller n’aura pas vraiment le temps de s’ennuyer dans sa paisible retraite. Les choses étant ainsi posées, vous savez tout ce qu’il faut pour attaquer Cartel, suite qui peut se lire sans révision préalable. Dans un pays aux allures de braderie à la balle plus ou moins perdue, Cartel débute et prend très rapidement l’allure d’un train fou que rien ne semble pouvoir arrêter. Les cartels se font la guerre pour le pouvoir (simplifions), la police mexicaine fait la guerre aux cartels, mais la police se fait aussi la guerre à elle-même – la corruption se pratiquant au Mexique à la façon d’un sport national. L’armée mexicaine fait la guerre aux cartels et à sa police, voire à elle-même – tout le monde suit ? Là-dessus, il faut ajouter les Américains qui ne sont jamais bien loin et qu’il ne faut pas chatouiller avec trop d’insistance. L’argent brassé étant énorme, les moyens mis en place le sont aussi. La terreur prend bientôt des proportions inédites. Le livre s’ouvre sur deux pages répertoriant les noms de journalistes assassinés durant la période d’écriture du livre. Le roman d’une revanche Adan versus Art devient alors une gigantesque fresque électrique, peuplée de personnages inoubliables, de scènes d’action époustouflantes qui devraient donner du fil à retordre à Hollywood, le tout mené avec la maestria d’un des maîtres du roman noir au meilleur de sa forme. James Ellroy dit de Cartel qu’il s’agit du « Guerre et Paix des romans sur la drogue. » Mais où se trouve la paix dans ces 700 pages rouge sang ?

Stanislas Rigot Librairie Lamartine (Paris 16e)

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