Chronique Zero K de Don DeLillo

  • Don DeLillo
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Francis Kerline
  • Coll. «NULL»
  • Actes Sud
  • 06/09/2017
  • 297 p., 22.80 €
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Un homme est convié par son richissime père à venir assister, dans un centre hi-tech au milieu d’un désert, à la mort de sa belle-mère. Glaçant et pourtant empreint de cette poésie si particulière à son auteur, Zero K hypnotise.

Il est âgé de 81 ans. Certains de ses romans sont considérés comme des pierres d’angle de la littérature contemporaine (Outremonde, Bruit de fond, disponibles en poche chez Babel). Il a reçu les plus hautes récompenses que l’on puisse décerner à un écrivain, du Pen Faulkner Award au Library Congress Prize (à l’exception d’un Nobel qui, ces dernières années, n’aime les Américains qu’avec une guitare). Et pourtant, loin de prétendre à une retraite méritée qui pourrait lui permettre de causer chiffon et apocalypse avec Philip Roth, Don DeLillo poursuit avec son dix-septième roman l’auscultation inquiète d’un monde qui semble toujours être à la recherche de sa prochaine malédiction. Zero K met ainsi au centre de son récit la mort : la mort en tant que telle, la mort et la perception que nous en avons ; la mort et l’insupportable défi qu’elle lance inlassablement aux partisans de l’immortalité qui prétendent pourtant un peu plus chaque jour à la victoire, convoquant sciences, argent et mystérieuses forces intérieures. Le cadre de Zero K est une étrange clinique dont la conception a oscillé entre technologie de pointe et art contemporain (marotte de l’auteur). Celle-ci est nichée au fin fond de nulle part. Trois personnages centraux : notre héros, son père, homme d’affaires à la fortune colossale, revenu de tout, et sa belle-mère qui est atteinte de plusieurs maladies dont l’issue ne laisse aucun espoir. Elle a choisi de se faire cryogéniser avant qu’il ne soit trop tard. Plus clairvoyant que jamais (son effroyable lucidité), Don DeLillo interroge notre rapport à cette fin, remontant jusqu’à saint Augustin, avec ce style unique, cette langue de collision de pensées et d’images qui fait de lui un écrivain unique.

Stanislas Rigot Librairie Lamartine (Paris 16e)

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