Chronique Le Naufrage des civilisations de Amin Maalouf

En à peine plus de 300 pages, Amin Maalouf synthétise plus d’un demi-siècle d’Histoire mondiale par le prisme du Liban et de sa famille. Brillant, il amène de nombreuses réponses à la simple et terrible question : mais comment a-t-on pu en arriver là ?

Trois ans après son livre Un fauteuil sur la Seine (Grasset et Le Livre de Poche), où il nous racontait les vies et les aventures des personnages qui l’avaient précédé au 29e siège de l’Académie française, Amin Maalouf revient avec un essai d’une rare force, un livre porté depuis des années par un homme qui reste encore aujourd’hui, alors qu’il vient de fêter ses 70 ans, fasciné par les actualités du monde, par ce qu’elles disent de l’homme. Mais cette fascination s’est teinte depuis longtemps d’une inquiétude grandissante devant la tournure des événements. Pour tenter de dénouer les fils des mille et un faits qui constituent l’histoire des cinquante ans qui viennent de s’écouler, il est reparti de ses origines et de son pays, le Liban, ayant l’intime conviction que « c’est à partir de ma terre natale que les ténèbres ont commencé à se répandre sur le monde ». Et c’est ainsi que démarre Le Naufrage des civilisations, par l’évocation d’un Liban où les habitants de toute confession se côtoyaient en bonne intelligence, par le rappel d’une Égypte où étaient installés ses grands-parents, une Égypte cosmopolite et cultivée qui n’aura de cesse d’alimenter la nostalgie maternelle. C’est sur ce socle familial qu’il va installer la trame de ses réflexions, mêlant habilement un récit personnel aux soubresauts de la grande Histoire, soubresauts qu’il côtoiera directement à de nombreuses reprises, témoin successif des prémices de la guerre civile libanaise, de la chute de Saigon ou de l’avènement de Khomeini. Amin Maalouf dégage de grands axes : l’avènement de Nasser, peut-être le dernier grand leader de la nation arabe, le terrible affront de la guerre des Six Jours dont aucun participant ne semble s’être véritablement remis, à commencer par les vainqueurs, l’année 1979 et sa double révolution conservatrice (l’arrivée au pouvoir de Thatcher et la révolution iranienne), le retournement qui nous amène aux actuelles sociétés fracturées. Il y ajoute des leçons en forme de rattrapage (oui, Nasser pouvait faire rire une assemblée égyptienne en racontant que le chef des Frères musulmans lui avait demandé de rendre le voile obligatoire), des ravalements de façade (les mauvaises intuitions de Churchill), des saillies de lumière (l’intelligence de Mandela) et une ample réflexion sur aujourd’hui. En un mot, il nous offre un livre nécessaire où l’humain n’a de cesse de se trouver et de se perdre dans l’air du temps.

Stanislas Rigot Librairie Lamartine (Paris 16e)

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