Chronique Bloody Miami de Tom Wolfe

  • Tom Wolfe
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Odile Demange
  • Coll. «Coll. « Pavillons »»
  • Robert Laffont
  • 24/10/2020
  • 616 p., 24.50 €

Stanislas Rigot Librairie Lamartine (Paris 16e)

Avec une débauche d’énergie faisant mentir l’âge de ses artères, Tom Wolfe repart à l’attaque de la société américaine et de ses non-dits, les carbonisant dans un grand éclat de rire. Bloody Miami est un roman qui exige la réhabilitation sans délai de l’adjectif jubilatoire.

Voici l’agent Nestor Camacho, fils d’immigré cubain fier d’avoir intégré une des unités d’élite de la police de Miami, la patrouille maritime. Appelé sur un sauvetage – un homme, probablement un clandestin, s’est réfugié au sommet du mat d’un voilier à 25 mètres de hauteur et refuse de descendre –, il devient du jour au lendemain un héros pour les uns, un traître pour les autres (sa famille et les siens). C’est le début, pour le jeune Nestor, d’un long chemin de croix où se croiseront (et s’entrechoqueront) son ex-petite amie, infirmière embauchée comme assistante très personnelle d’un médecin spécialisé dans le traitement des addictions pornographiques, un jeune journaliste à la timidité maladive persuadé d’avoir découvert l’affaire de sa vie, un chef de la police représentant bien malgré lui la portion communautaire afro-américaine d’une population au bord de l’implosion, d’étranges Russes aux activités pour le moins étonnantes, un rédacteur de journal nostalgique des charmes de la grande bourgeoisie blanche… Et tout ce petit monde se retrouve ballotté d’un retournement à l’autre dans une succession de scènes mémorables qui nous mèneront des arcanes gratinés du monde de l’art contemporain aux orgies débridées de la haute société, en passant par les maisons de retraite et les cabanes à crack. Imaginez un Michel Houellebecq se prenant pour Oliver Stone et vous aurez une assez bonne idée du contenu explosif de ce Bloody Miami. Tout un chacun en prend pour son garde, grâce à un Tom Wolfe qui, malgré ses 81 ans, est au sommet de son sens de l’observation de la société américaine et de ses travers, et montre une fois de plus qu’il est un formidable chroniqueur d’un monde en plein naufrage. Son regard est toujours aussi acéré et, par conséquent, il va falloir, une fois de plus, compter avec lui.

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