Chronique Et la vie nous emportera de David Treuer

  • David Treuer
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Lederer
  • Coll. «Coll. « Terres d’Amérique »»
  • Albin Michel
  • 17/08/2016
  • 336 p., 22 €

Au cœur d’une Amérique qui se voit partir en guerre, des destins s’entrechoquent après un tragique accident. Une ballade d’une grande sensibilité aux profondes amertumes.

Minnesota 1942. Les Washburn attendent dans leur domaine niché au fin fond d’une réserve indienne le retour pour quelques jours de leur fils Frankie. Celui-ci sort de l’école des officiers de Princeton et s’apprête à gagner le front. L’ambiance est malheureusement plutôt tendue, car, en plus d’un contexte déjà chargé, un soldat allemand, prisonnier du camp qui a été installé quelque temps auparavant en face de la propriété, de l’autre côté du fleuve, vient de s’échapper. À peine arrivés, Frankie et ses amis de promotion, aidés par Félix le vieil Indien, homme à tout faire de la maison qui avait pris des années auparavant le jeune homme sous son aile, et Billy, véritable âme sœur de Frankie, décident de partir à la recherche de cet homme. Un accident survient. Les conséquences seront nombreuses. Derrière une mise en place impeccable (le cadre, les décors sont parfaitement rendus et les personnages finement dessinés), une entame de récit classique d’apparence (même si certains passages ici et là laissent déjà entendre quelques dissonances), se cache un roman qui n’aura de cesse d’étonner son lecteur et de le prendre à contre-pied, avec ses redoutables ellipses, les voix des narrateurs successifs… Et la vie nous emportera se range tour à tour du coté des romans de guerre, des romans d’amour, des romans sur les minorités, des romans américains, des tragédies, sans que jamais ses différentes coutures ne soient apparentes, car il est tout cela à la fois et bien plus encore. Une réussite qui, neuf ans après Le Manuscrit du Docteur Apelle (Albin Michel), célèbre le grand retour de David Treuer au roman et qui, à sa manière profondément humaine, donne une raison de plus de célébrer les vingt ans de la collection « Terres d’Amérique ».

Stanislas Rigot Librairie Lamartine (Paris 16e)

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