Chronique Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavares

Le troisième roman de Gonçalo Tavares (en laissant de côté les pérégrinations de sa série dite du « O Bairro ») surprend et déroute, séduit et fascine à nouveau par sa force et son originalité et par le tortueux talent de son auteur.

Par bien des aspects, ce Voyage en Inde pourrait avoir comme sous-titre, « Les odyssées ». La première de celles-ci serait celle du personnage principal, son héros serait-on tenté de d’écrire si ce qualificatif un rien ronflant ne s’accordait aussi mal avec le bien nommé Bloom – difficile de ne pas lire dans ce patronyme une nouvelle volonté de lien, de la part de l’auteur de Monsieur Valery, Monsieur Calvino, Monsieur Brecht…, avec quelques illustres prédécesseur, Bloom étant aussi le nom du personnage principal de l’odyssée joycienne, que ce roman rejoint d’ailleurs dans son questionnement sur l’héroïsme dans un contexte qui n’est censé lui laisser que bien peu de place. Le point de départ de cette aventure voit Monsieur Bloom quitter son Portugal natal en ce début de xxie siècle, pour de sombres raisons : il semble vouloir gagner l’Inde pour y trouver (peut-être) une certaine forme de sérénité après avoir tué (vraisemblablement) son père ; et il semble même que ce Monsieur Bloom ait eu de bonnes raisons de commettre le crime dont il fuit les éventuelles conséquences. Mais avant d’en arriver à une quelconque révélation, il lui faudra traverser mers et océans, se confronter à l’ailleurs et aux autres. C’est ainsi que nous découvrons dans les premières pages du livre un Bloom en fuite à Londres, où une rencontre avec trois solides gaillards se proposant de l’héberger va donner le coup d’envoi de ses nombreuses et rocambolesques aventures.

La seconde des odyssées de ce Voyage en Inde aux multiples entrées est celle de l’auteur, qui se sert d’une structure extrêmement précise, autre lien vital de l’œuvre, en reprenant la forme poétique des Lusiades, monument de la littérature portugaise retraçant l’épopée de Vasco de Gama, écrit à la fin du xvie siècle par Luis de Camoes et composé de dix chants et 1200 strophes. Donc, Gonçalo Tavares se paye le luxe de reprendre cette forme pour nous décrire Bloom et le monde, le découpage lui permettant de multiplier les aphorismes et autres réflexions aux contenus aussi philosophiques qu’historiques. Ou comiques, tel un Laurence Sterne du xxie siècle.

La troisième de ces odyssées sera celle du lecteur, qui va devoir s’offrir aux mille et un vents du récit et se laisser porter par les circonvolutions d’un des auteurs les plus étonnants de ces dernières années. Gonçalo Tavares ne se livre pas en un regard ou en une lecture, il ne sacrifie jamais son art à une stricte narration, malgré son souffle et son art du rebondissement.

Par Stanislas Rigot Librairie Lamartine (Paris 16e)

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