Entretien L'Ange et la Bête de Bruno Le Maire

Stanislas Rigot Librairie Lamartine (Paris 16e)

Remontant le courant pour le moins tumultueux des dernières années, Bruno Le Maire nous plonge au cœur même de l’État, de son fonctionnement et de ses logiques sous l’égide des grands auteurs, à commencer par Pascal, qui l’accompagnent, confirmant si besoin était qu’il est aussi un homme d’écrit.

Il y a maintenant un an, vous avez été l’un des premiers à réclamer la réouverture des librairies suite au premier confinement. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Bruno Le Maire - Le classement des librairies comme « commerce de première nécessité°» est une fierté pour la France. Je suis heureux d’y avoir contribué avec Roselyne Bachelot, ministre de la Culture. C’est la reconnaissance de la place si particulière qu’occupe la littérature dans notre pays. En classant les libraires comme commerce de première nécessité, nous avons redonné de la liberté aux Français.

 

L’Ange et la Bête s’ouvre sur l’incendie de Notre-Dame et votre anniversaire. Ces événements entremêlés lancent votre récit.

B. L. M. - Oui. Ce qui a déclenché l’écriture de ce livre, c’est le sentiment très brutal que j’ai ressenti en regardant Notre-Dame brûler, prenant conscience que ce qui était intemporel pouvait disparaître en quelques instants. Il était indispensable de fixer ce qui pouvait disparaître, de fixer ces souvenirs, la mémoire de ce que j’avais vécu comme ministre de l’Economie et des Finances.

 

Pourquoi l’avoir publié dans ce contexte si particulier ?

B. L. M. - Justement parce que nous sommes dans un contexte particulier, parce que c’est maintenant que ce récit a le plus de valeur et le plus d’intérêt. C’est ce qui va permettre à chaque lecteur de découvrir comment sont prises les décisions qui permettent de résister au choc économique, comment s’engagent les discussions entre les responsables politiques, les négociations au niveau international.

 

Comment appréhendez-vous votre écriture, « le fer des mots » pour vous citer, dans ces journées que l’on imagine toujours trop courtes ?

B. L. M. - Mon écriture est forcément une écriture du matin, c’est-à-dire une écriture à un moment où le cerveau est disponible, où il est comme remis à neuf, et où il n’y a pas encore d’événements qui ont perturbé la réflexion et la musique de l’écriture. Il suffit, pour être très concret, qu’une nouvelle arrive pour que ce soit impossible d’écrire, parce qu’immédiatement, le cerveau va la digérer, chercher à savoir ce qu’il faut en faire et comment la traduire en action. Je ne peux donc écrire que le matin, très tôt le matin.

 

 

Du titre aux citations, Pascal apparaît le long de ce récit. Comment l’avez-vous rencontré ?

B. L. M. - J’ai lu Pascal pour la première fois en classe préparatoire. Cela a été, comme pour Proust, un véritable éblouissement, mais pour des raisons radicalement différentes. Cette façon de concentrer en quelques mots des réflexions qui nécessitent normalement des pages pour les expliquer, je trouve que cela a quelque chose de complètement fascinant. Ce que j’admire aussi chez Pascal, c’est son caractère intemporel. C’est un écrivain qui traverse tous les siècles, qui traduit les angoisses, les inquiétudes que nous pouvons porter en nous, de manière universelle.

 

D’autres auteurs apparaissent au fil des pages : Shakespeare, Melville… Constituent-ils votre panthéon ?

B. L. M. - Mon panthéon est multiple. Il traverse les époques et il est en plusieurs langues, une sorte de tour de Babel, même si j’ai évidemment un attachement plus particulier aux auteurs français parce qu’il y a ce lien charnel et maternel. Il compte des auteurs très anciens, des auteurs très contemporains, des auteurs de langue allemande, beaucoup d’auteurs sud-américains ; il y a des hommes et il y a beaucoup de femmes. Il n’y a que la littérature qui vous permet d’avoir accès de manière aussi intime à ce que vous n’êtes pas.

 

Avez-vous des envies de fiction ?

B. L. M. - J’ai écrit un recueil de nouvelles qui n’a pas été publié quand j’avais 20 ans et qui sont des fictions. J’ai écrit des textes qui sont à la frontière de la fiction et du récit biographique, comme Musique absolue, un livre sur Carlos Kleiber. Il y a des moments où je me détache de la réalité ou de l’Histoire pour aller vers la fiction. Ce n’est pas une envie, c’est une démarche qui s’impose déjà et qui, je pense, continuera à s’imposer encore plus à l’avenir parce que la fiction vous donne une liberté que ne vous donne pas le récit historique.

 

Photo Bruno Le Maire © Francesca Mantovani

Les autres chroniques du libraire

À VOS MARQUES, PRÊTS, LISEZ !

Panne d'inspiration ?

Nos libraires vous conseillent à domicile
tous les vendredis pour vous et vos enfants

Je veux recevoir 6 idées lectures pour moi et ma famille

@