Bande dessinée

David Sala

Frankenstein

✒ Aurélie Janssens

(Librairie Page et Plume, Limoges)

Publié pour la première fois en 1818, le roman épistolaire de Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne, n'a rien perdu de sa force plus de 200 ans plus tard. David Sala livre une adaptation magistrale en bande dessinée de ce classique régulièrement revisité en littérature ou au cinéma.

« Seul au bord des limbes, je regarde ma vie en face. » Le docteur Frankenstein erre dans une lande enneigée, à la recherche du monstre qui lui a tout pris. Mais qui de la créature ou du créateur a montré le plus de cruauté ? Victor Frankenstein était un jeune homme passionné, exalté par les sciences. À 13 ans, il découvre Cornelius Agrippa puis Paracelse. À 15 ans, ce sont les pouvoirs de l'électricité et le galvanisme qui le fascinent. C'est logiquement qu'il part faire des études de sciences où on lui apprend qu'il « entre dans un monde qui reste à découvrir ». Son obsession : donner vie à de la matière inerte. Il passe ses nuits dans les cimetières à récolter les membres de défunts, les assembler. Enfin, une nuit, sa créature s'éveille à la vie. Victor prend conscience de l'abomination qu'il vient de commettre et s'enfuit. Lorsqu'il revient, sa créature a disparu, le Golem a échappé à son créateur. C'est alors que David Sala nous invite à partager le parcours de cette créature, obligée de survivre dans les égouts. Il est, un jour, recueilli par une jeune femme. Dans cette mansarde, les couleurs vives explosent. Elle coud un magnifique manteau en patchwork pour couvrir la créature, sorte de seconde peau, à l'image de la première. C'est la seule à ne pas fuir en le regardant. Mais, par la fenêtre, des hommes observent, voient et c'est un déferlement de haine et de violence qui s'abat sur la jeune fille. La créature décide alors de se venger. David Sala met ses pinceaux au service de cette histoire aux thèmes toujours terriblement actuels : la solitude de l'homme moderne, la peur de l'inconnu, le rejet de la différence, les violences faites aux minorités ou encore la cruauté des masses. Des sujets qu'il a déjà abordés dans ses précédentes bandes dessinées et contes pour la jeunesse. Son dessin est unique et puise dans des références aussi bien picturales que cinématographiques. On reconnaîtra une chambre aux airs de Van Gogh, des personnages à la Gustav Klimt mais aussi des explosions de couleurs comme dans la peinture sud-américaine et des architectures dignes des films expressionnistes. Chaque case est un tableau d'une grande expressivité. Les émotions surgissent des pages pour mieux nous frapper en plein cœur. Comment ne pas être profondément bouleversé par le parcours de cette créature et sa seule obsession : trouver quelqu'un qui l'accepte, qui lui ressemble et ne plus être seul ? Une adaptation aussi puissante qu'émouvante et sublime !

Les autres chroniques du libraire

À savoir avant de continuer la lecture ...

X

Les libraires indépendants lisent chaque jour pour vous guider dans l'actualité littéraire et ont plaisir à partager leurs coups de cœur. Pour soutenir leur travail et leur engagement, abonnez-vous ou offrez Page des libraires.

Découvrez nos formules d'abonnement
Déjà abonné.e ? Connectez-vous