Chronique Le Petit-fils de Nickolas Butler

  • Nickolas Butler
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mireille Vignol
  • Coll. «La cosmopolite»
  • Stock
  • 08/01/2020
  • 341 p., 22 €

Il est toujours prétentieux et précipité d’attribuer tant de mérites à un jeune auteur. Pourtant, l’enthousiasme critique et littéraire pour chacun de ses livres, les nombreux prix qu’il reçoit, font de Nickolas Butler l’un des écrivains les plus doués de sa génération. Son dernier roman en est une preuve supplémentaire.

Trois romans et un recueil de nouvelles sont-ils suffisants pour asseoir une carrière littéraire ? Il semblerait bien que ce soit le cas pour cet auteur qui, discrètement, de prix en prix, a aussi conquis le cœur du public. Il faut dire que chacun de ses textes crée une proximité avec son lectorat dans les questions, les thèmes qu’il aborde, qu’il convoque et dans lesquels tous peuvent se retrouver, se questionner. Que ce soit l’amitié et le lien qui unissent des gens à leur ville natale dans Retour à Little Wing (Autrement et Points, prix Page/America 2014), la filiation, les valeurs qu’on transmet à ses enfants dans un camp de scout (Des hommes de peu de foi, Autrement et Points), Nickolas Butler explore les liens avec ceux qui nous sont proches, notre famille, nos amis, les lieux qui nous ont vu naître et grandir. Dans Le Petit-fils, il poursuit cette exploration en abordant les relations qui unissent un petit garçon, Isaac, et son grand-père Lyle. Ce grand-père, retraité, donne parfois un coup de main dans un verger pour arrondir ses fins de mois. Il vit avec sa femme Peg, ils forment un couple uni malgré les désaccords qui peuvent surgir parfois, comme dans tous les couples. Ce qui a fini de forger cette union, c’est la difficulté à avoir un enfant qu’ils ont tant espéré et l’arrivée dans leur vie, d’une manière peu conventionnelle, de leur fille adoptive Shiloh. Celle-ci devenue grande a dû revenir vivre chez eux avec le petit Isaac. Depuis, le grand-père entretient un lien fort avec ce petit garçon qu’il voit grandir et qui découvre le monde. Un lien d’amour puissant, une envie de le guider mais aussi de le protéger viscéralement contre les dangers auxquels il sera confronté. Alors, lorsque Shiloh se met à fréquenter une communauté religieuse dont le prédicateur s’avère être une menace pour l’équilibre familial, allant même jusqu’à mettre en péril la santé du petit Isaac, Lyle voit rouge. Mais quel droit a-t-il réellement sur ce petit-fils ? Que peut-il faire si sa fille s’oppose à ce qu’il continue de voir Isaac ? Entre Gilead de Marilynne Robinson (Actes Sud et Babel) et L’Intérêt de l’enfant de Ian McEwan (Gallimard et Folio), ce roman est inspiré d’un fait divers qui s’est déroulé en 2008 dans le Wisconsin, mais l’auteur précise que cette histoire est plus commune qu’on ne le croit et met en danger des centaines, voire des milliers d’enfants, rien qu’aux États-Unis. Ce livre n’est pourtant pas nourri par la rage. Fidèle à lui-même, Nickolas Butler y introduit beaucoup de subtilité, une grande émotion, laissant le lecteur cheminer avec ces personnages, cette histoire, se faire sa propre opinion, nouant un lien de confiance et de respect envers lui, le laissant libre de ses conclusions. Un roman qui bouleverse néanmoins, un cri du cœur auquel on ne peut rester insensible.

Aurélie Janssens Librairie Page et Plume (Limoges)

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