Chronique Le Chapeau de M. Briggs de Kate Colquhoun

Pour son premier roman, Kate Colquhoun s’empare d’un fait divers qui a défrayé la chronique à Londres en 1864 : l’assassinat d’un banquier à bord d’un train. Avec beaucoup de talent, elle tire de ce simple événement un roman riche et haletant qui se révèle bien plus ambitieux qu’un simple roman policier.

Londres, le 9 juillet 1864, vers 22 h, Benjamin Ames, le chef du train qui relie le centre de Londres à sa banlieue, découvre avec effroi et stupéfaction un compartiment de 1ère classe entièrement ensanglanté. à son bord sont retrouvés un chapeau, une canne et un sac mais point de corps. Celui d’un banquier d’une trentaine d’années gît en revanche près des voies un peu plus en amont. Les meilleurs détectives de Scotland Yard, Richard Tanner et Frederick Williamson, sont chargés de retrouver l’assassin de ce crime ignoble dont s’empare très vite la presse populaire anglaise friande de ce genre d’événements qui font, depuis 1820, sa fortune, grâce notamment aux romans-feuilletons de Dickens ou encore Wilkie Collins. Et c’est bientôt une pression populaire qui se fait entendre à travers les médias, relayant la peur de l’insécurité dans les transports ferroviaires, la colère face au temps nécessaire pour retrouver le coupable et les avis divers et variés sur les différentes parties de l’enquête, de la collecte d’indices en passant par la personnalité du suspect, jusqu’à la peine encourue par l’assassin lors de son procès.

 

C’est avec beaucoup de suspense et de plaisir qu’on assiste aux différentes phases de l’enquête : la découverte du crime, la collecte d’indices, la révélation du suspect et sa traque entre Londres et New York où celui-ci a pris place à bord d’un ferry quelques jours après le crime, les témoignages de ceux qui l’ont connu, permettant de révéler sa personnalité et enfin le procès. Cependant, à la lecture du livre, on se rend bien vite compte qu’on est face à bien plus qu’un simple roman policier. Extrêmement bien documentée sur l’histoire et les mœurs de l’Angleterre victorienne, Kate Colquhoun met ainsi en lumière les débats qui soulevaient la société de cette époque. C’est la réputation des détectives de Scotland Yard qui est primordiale et non l’enquête en soi, réputation mise à mal par de récents échecs dans différentes enquêtes. Il ne s’agit plus alors de trouver et condamner « le meurtrier véritable » mais plutôt de savoir qui aurait pu commettre ce crime et de faire concorder les indices, quitte à éloigner quelques témoins ou indices contradictoires, pour inculper ce suspect idoine. Celui-ci, Franz Müller, un jeune tailleur allemand, semble correspondre aux critères attendus par la population et la presse, car l’auteur de ce crime ne doit pas être un concitoyen mais bien un étranger. Or, en 1864, le climat entre l’Angleterre et l’Allemagne est plutôt hostile, un suspect allemand devient dès lors idéal. Une fois celui-ci trouvé, traqué et interpellé, il ne reste plus qu’à « monter » l’affaire pour la faire tenir devant le tribunal. La population enfin rassérénée, c’est un autre débat qui s’ouvre dans les colonnes de la presse, celui entre abolitionnistes et défenseurs de la peine capitale. Kate Colquhoun ne nous épargne rien dans ce roman dense et passionnant qui transcende les codes du genre pour aboutir à une peinture foisonnante du Londres victorien.

Par Aurélie Janssens, Librairie Page et Plume, Limoges

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