Chronique Le Bruit du monde de Stéphanie Chaillou

« Elle dit qu’elle partira, elle dit qu’elle me suivra. » Ces paroles prononcées par la belle Frida, chez Jacques Brel, trouvent un écho saisissant dans les pages de ce troisième roman de Stéphanie Chaillou. Ici, Frida s’appelle Marilène. Est-elle condamnée à rester chez ces gens-là ? Découvrons son destin.

Marilène s’appelle en réalité Marie-Hélène Coulanges. Marie-Hélène est née dans une famille pauvre et dans les familles pauvres, on surnomme plus que l’on ne nomme réellement. Elle grandit au hameau de Brigneau. Quatre maisons dont la sienne, une demeure basse encadrée de deux pots de géraniums. La campagne. Un imaginaire surgit alors dans la tête du lecteur, entre Pagnol et Giono, les champs, les collines, une pauvreté en forme de quignon de pain dans la besace et d’eau fraîche dans le ruisseau, la liberté ! Pourtant, la pauvreté, sous la plume de Stéphanie Chaillou et dans la vie de Marie-Hélène, revêt un tout autre visage. Bien que présente dès sa naissance, elle n’arrive pas tout de suite dans sa vie. Lorsqu’elle quitte la maternité pour rentrer à Brigneau, Marilène a encore toute la vie devant elle, une vie à écrire, avec tous les possibles à envisager. Mais plus les jours avancent et plus son champ de vision, son champ d’action se rétrécissent. En grandissant, elle prend conscience du milieu dont elle est issue. Bien que brillante durant sa scolarité, elle comprend qu’elle n’a pas les mêmes armes que ses camarades. Pas les mêmes moyens dans tous les sens du terme. Elle devient alors étrangère, une intruse. L’envie lui prend de quitter sa famille pauvre, son milieu, son hameau, de se construire une vie, sa vie. Cette envie acceptée, elle n’appartient déjà plus vraiment à ce monde mais n’arrive toujours pas à entrer dans celui qu’elle convoite. Elle erre comme un fantôme dans cet entre deux mondes, comme une âme arrachée à la vie, à sa terre, qui n’aurait pas eu l’autorisation d’entrer au Paradis. Comme ces âmes, il lui reste une tâche à accomplir pour pouvoir partir en paix. Cette tâche, c’est sa vie, tout simplement. Ou plutôt un but, un sens à lui donner. Marilène va tâtonner, chercher, tomber, plusieurs fois, se relever. Stéphanie Chaillou déroule la vie de Marilène, une vie particulière qui trouve des échos dans de nombreuses existences. Précise comme une réalisatrice de documentaires à la Agnès Varda ou comme un peintre de vies à la Marie-Hélène Lafon, elle nous offre un roman d’une justesse incroyable, bouleversant, magnifique.

Aurélie Janssens Librairie Page et Plume (Limoges)

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