Chronique Encre de Fernando Trias de Bes

Il est des pépites qui nous arrivent dans 
les mains sans que l’on sache ni comment ni pourquoi, qu’on ouvre délicatement, intrigués, avec un léger frisson mêlé 
d’envie et d’appréhension. Encre est 
sans conteste l’une d’elles.


Le livre s’ouvre sur une citation de Paul Auster extraite de Brooklyn Follies : « On ne devrait jamais sous-estimer le pouvoir des livres. » Audacieux ? Intriguant ? Prétentieux ? En tout cas la mise en garde est posée. Vous tenez entre les mains un livre qui pourrait bien vous changer. Nous sommes en 1900, à Mayence, capitale des livres, des imprimeurs, des librairies. Cela commence comme un roman d’amour : Alice Thiel rejoint tous les mardis son amant à l’hôtel pour consommer l’adultère. Son mari, Johann Walbach, rongé par la jalousie, décide un jour d’en finir avec cet amant. Il suit sa femme jusqu’à l’hôtel où elle lui dit que, s’il tue son amant, il les tuera tous les deux et que, plutôt que de tuer l’objet, il lui faut tuer la raison. Johann est libraire, il va donc chercher la « raison » dans ses livres pendant cinq années. Un jour, un mathématicien entre dans sa librairie. Johann lui fait part de sa quête. Le mathématicien propose de l’aider, lui-même étant à la recherche de la solution à « l’injustice ». Ils croisent leurs méthodes et obtiennent un résultat borgésien, une sorte de livre initial qui contiendrait toutes les phrases reprises par d’autres livres. Ils entraînent dans leur folle quête un imprimeur à la recherche de ce fameux livre sur « la raison de toutes choses », ce pourquoi il a voulu devenir imprimeur, ainsi qu’un mélangeur d’encre chargé de créer une encre éphémère, un correcteur collectionneur de nuages et un éditeur en quête d’absolu. Est-on sorti du roman d’amour initial ? Non, car ce livre est bien un témoignage de l’amour de l’auteur, et de tous les lecteurs qu’il entraîne dans sa quête, pour la littérature, pour le livre. Cette recherche du livre qui apporterait des réponses à nos questions, qui apaiserait nos peurs, nos doutes, qui serait un réconfort, une oreille attentive, un écho de nos propres émotions, une solution à l’injustice, la raison de toute chose… n’est-elle pas ce qui nous fait ouvrir un livre et en tourner les pages ? Fernando Trias de Bes offre, dans un écrin de mots, une perle rare qu’il ne faut pas hésiter à saisir !


Aurélie Janssens
Librairie Page et Plume, Limoges

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