Chronique Crépuscule de Michael Cunningham

Le crépuscule, cet entre-deux indéfini aux lueurs troubles, sans ombre, sans soleil, sans lune, opaque ou limpide. Cette lumière en puissance ou s’essoufflant tamisée par un voile éphémère. C’est dans cet entre-deux propice à la rêverie, la méditation, le doute ou les bilans que nous emmène Michael Cunningham.

Peter est un galeriste new-yorkais de 44 ans, passionné d’art contemporain, dénicheur de nouveaux talents. Sa femme, Rebecca Harris, est une critique sévère et impartiale pour une revue d’art. Ils ont une fille, Béa, étudiante, ayant quitté le nid il y a peu, pressée de prendre son indépendance. Ils lisent les pages culturelles du Times, le dimanche matin, courent les expositions et les réceptions huppées du milieu artistique new-yorkais. Une vie calme et réussie.

 

Un cliché ? En apparence. Car si l’on gratte un peu le vernis, on se rend vite compte que cette vie si parfaite n’est qu’un magnifique tableau lumineux sous lequel se cachent des esquisses, des lignes fuyantes, des perspectives troubles, des ombres mais surtout des doutes et des hésitations. Celui qui va révéler l’existence de cette vie-palimpseste aux yeux du principal protagoniste, Peter, c’est Ethan, le jeune frère de Rebecca, que tout le monde surnomme « Mizzie », diminutif de « The Mistake » : la méprise. Après plusieurs cures de désintoxication, plusieurs voyages à but méditatif et autres fuites et errances, il s’installe chez eux pour essayer de commencer une nouvelle vie et faire « quelque chose dans le domaine de l’art ». Cet électron libre d’une beauté insolente, sans réelles ambitions artistiques ni volonté pour arrêter la drogue, va faire voler en éclats ce couple qui commençait déjà à se fragiliser, révélant malgré lui des pulsions homosexuelles qui se terraient au fond de Peter. Avec cette attirance remonte aussi à la surface le souvenir de son frère défunt. Ce frère que Peter a tant envié, adulé, désiré. Au-delà du désir, c’est la conception de ses rapports aux autres qui va se révéler à Peter. A-t-il réussi l’éducation de sa fille, Béa, qui ne donne quasiment plus de nouvelles ? A-t-il su créer ce lien indéfectible qui unit un père et sa fille ? Quelle place doit-il prendre aujourd’hui dans la vie de sa meilleure amie Bette, 65 ans, galeriste elle aussi et atteinte d’un cancer du sein ? Doit-il céder aux pulsions qui le poussent irrémédiablement dans les bras musclés et gracieux de Mizzie ? Quelle direction doit prendre son couple ? Va-t-il vers sa fin ?

 

C’est avec beaucoup de grâce et de poésie que Michael Cunningham peint ces vies fragiles qu’un simple grain de sable peut perturber. Certes on retrouve les thèmes qui sont chers à cet auteur : l’homosexualité, l’instabilité de l’existence, le trio immuable amour-amitié-haine, avec pour toile de fond cette ville mythique : New York. Mais la maîtrise narrative, la finesse de l’écriture et cette capacité à saisir, à analyser les émotions font de ce roman une œuvre incontournable et de cet auteur un des écrivains américains les plus talentueux. Si par ailleurs vous souhaitez découvrir ou redécouvrir l’œuvre de Michael Cunningham et que vous n’avez pas encore lu son précédent roman Le Livre des jours (2006), sachez qu’il sort chez 10-18 en ce début d’année.

Par Aurélie Janssens, Librairie Page et Plume, Limoges

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