Chronique Les Fantômes du vieux pays de Nathan Hill

  • Nathan Hill
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mathilde Bach
  • Coll. «Coll. « Du monde entier »»
  • Gallimard
  • 17/08/2017
  • 0 €
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La littérature anglo-saxonne accouche régulièrement de jeunes auteurs nourris de leurs maîtres, ces « raconteurs » d’histoires à la mécanique narrative impeccable. Mais combien restent ? Nathan Hill est de ceux dont on sent rapidement que le talent nous éblouira encore longtemps.

En effet, dès ce premier roman, on décèle les qualités incontestables qui font de ce romancier un grand romancier : une narration léchée, un humour subtil et du talent à revendre pour nous emmener dans un univers, nous raconter l’histoire de personnages fascinants et à travers eux un bout d’Histoire des États-Unis. Lorsque le roman commence nous sommes dans un parc où le gouverneur Packer vient saluer la foule de ses admirateurs. Une femme saisit une poignée de cailloux et la lui lance au visage. Elle est arrêtée pour agression, les chaînes d’informations s’emballent pour retrouver dans le passé de cette femme des motivations à cet acte. Le simple fait d’avoir été présente en 1968 à Chicago pendant les manifestations contre la guerre du Vietnam suffit à la qualifier d’activiste et les médias de la surnommer « Calamity Packer ». Pendant ce temps, dans une petite fac publique, Samuel, un jeune professeur d’anglais s’ennuie. Il ne sait plus comment donner le goût de la littérature anglaise à ses étudiants, eux qui ne pensent qu’à boire, aux soirées étudiantes et surtout, quels points ils pourront grappiller pour obtenir leur diplôme : beuveries et stratégie ! Il est par ailleurs empêtré dans un scandale avec une étudiante qui refuse une sanction après avoir rendu une copie qui était mots pour mots copiée sur un ancien devoir et lui fait tous les chantages possibles. Il voit alors une porte de sortie lorsque son éditeur, qui lui a versé un important à-valoir il y a longtemps pour un manuscrit qui tarde à venir, lui propose d’écrire un ouvrage sur cette « Calamity Packer » qui fait la une des journaux. Sauf qu’en s’intéressant de plus près à cette femme, il se rend compte que c’est sa mère, Faye Andresen-Anderson, qui l’a abandonné lorsqu’il avait 11 ans. Cette trame initiale n’est que la plus importante poupée russe de ce roman foisonnant. On ouvre une deuxième poupée et on nous raconte l’enfance de Samuel, sa rencontre avec Bishop, un jeune homme turbulent et sa sœur jumelle Bethany, prodige du violon. Une autre poupée et c’est l’histoire de Bishop qui nous est narrée, sa vie chaotique et pourtant tellement émouvante. Puis on revient à Faye, sa jeunesse, sa famille, ses ancêtres sur le vieux continent et cette légende, ces fantômes, ce « Nix » qui hante la famille. Bref, vous l’aurez compris, en refermant ce roman vous n’aurez pas lu un mais une dizaine de romans différents qui s’imbriquent subtilement, magistralement pour nous offrir une fresque sur plus de quarante ans, autour de deux personnages mais surtout avec pour toile de fond l’Histoire des États-Unis, des manifestations à Chicago en 1968 à nos jours, en passant par le 11 septembre. Tout y est d’une justesse incroyable, les personnages sont fascinants dans leurs faiblesses, dans leurs secrets. La presse américaine a comparé Nathan Hill à John Irving et Charles Dickens. Il y a de cela bien entendu, mais tellement plus encore chez cet auteur talentueux dont on entendra parler longtemps, j’en suis convaincue !

Aurélie Janssens Librairie Page et plume (Limoges)

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