Chronique Le Sauvage de Guillermo Arriaga

Aurélie Janssens Librairie Page et Plume (Limoges)

Quel est le point commun entre un magnifique loup sauvage du Yukon et un jeune homme des quartiers modestes de Mexico ? Ils sont chacun une incarnation de la violence nécessaire à la survie dans un milieu hostile. Une nouvelle facette de la noirceur explorée avec maestria par Guillermo Arriaga.

Juan Guillermo est un jeune homme que la vie n’a pas épargné. Dès le ventre de sa mère, il a dû lutter pour sa survie, son frère jumeau mort dans la poche utérine commençait à empoisonner son sang. Comme un signe, une marque que de mauvaises fées auraient appliquée sur lui dès la naissance. Il vit dans un quartier modeste et violent de Mexico, l’Unidad Modelo, où des fanatiques religieux surnommés les « bons garçons » et une police corrompue tentent de maintenir un ordre relatif et d’appliquer une loi personnelle. Et si les jeux de poursuite, le chat et la souris, entre voyous et forces de l’ordre, peuvent revêtir un côté cinématographique à la fois exaltant et touchant, la réalité est tout autre dès que l’autorité fait de l’excès de zèle. C’est le frère aîné de Juan Guillermo, Carlos, qui en fera les frais. Le jeune homme qui a quitté l’école tôt, mais a formé sa pensée et sa culture grâce aux livres, a aussi monté des entreprises peu légales qui lui ont rapporté pas mal d’argent et suscitent des convoitises. Malheureusement, être habile et malin ne sauve pas toujours des vies et Carlos perdra la sienne lors d’un de ces raids punitifs. Juan Guillermo voit son monde s’effondrer et croître en lui une rage aussi forte que la culpabilité de n’avoir pu empêcher cet événement tragique. Dans les années qui suivent, sa grand-mère et ses parents, qui ne se sont jamais remis de cette perte, disparaîtront aussi. Il se retrouve orphelin de toute famille à 17 ans et a une envie de vengeance qui le nourrit comme un feu. À des milliers de kilomètres de là, dans les forêts enneigées du Yukon, un homme, un chasseur, Amaruq, traque un loup qu’il appelle Nujuaqtutuq : le Sauvage. Ces deux récits d’apprentissage, ces deux quêtes pour lutter contre son ennemi, intérieur ou réel, pour le dompter ou le tuer, se font écho. Et à travers ces deux histoires, Guillermo Arriaga questionne la violence, la vengeance, ces rituels funestes qui causent la perte de l’innocence pour une lucidité pas forcément salvatrice, ce Némésis à affronter. Comme une expression de la complexité du sujet, l’auteur développe aussi les formes du roman pour introduire des définitions, de la linguistique, des légendes, des références littéraires, de la mythologie, des calligrammes… Cette constellation crée une œuvre riche et passionnante qui s’inscrit dans la quête de Guillermo Arriaga, littéraire ou cinématographique, d’exploration de l’âme humaine, de ses côtés les plus sombres, les plus sauvages.

Les autres chroniques du libraire

À VOS MARQUES, PRÊTS, LISEZ !

Panne d'inspiration ?

Nos libraires vous conseillent à domicile
tous les vendredis pour vous et vos enfants

Je veux recevoir 6 idées lectures pour moi et ma famille

@