Chronique L'Enfant de la prochaine aurore de Louise Erdrich

  • Louise Erdrich
  • Traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez
  • Coll. «Terres d'Amérique»
  • Albin Michel
  • 06/01/2021
  • 400 p., 22.90 €

Aurélie Janssens Librairie Page et Plume (Limoges)

Si le talent de l'autrice américaine, amérindienne par sa mère, Louise Erdrich n'est plus à prouver, on peut en revanche être curieux, voire surpris, des nouveaux chemins qu'elle explore dans chacun de ses romans. On sent l'imagination fertile et les histoires prêtes à surgir comme lors d'une veillée au coin du feu, en forêt.

De livre en livre, elle tisse un univers où les éléments sont liés, où une impression chaleureuse d'être en terrain connu commence à nous envahir, comme dans un paysage arpenté de nombreuses fois. Soudain, un bruit étrange se fait entendre, une dissonance, une sensation de vertige. Un chemin auquel on n'avait pas prêté attention jusqu'alors s'ouvre devant nous. Les plus aventureux sauront être récompensés de leur curiosité.

Dans L'Enfant de la prochaine aurore, elle nous emmène dans un temps, un présent ou un futur proche, où l'on découvre, par petites touches, qu'une catastrophe écologique, entraînant une perturbation de la fertilité, des naissances, bouleverse les équilibres, notamment politiques, puisque les États-Unis sont devenus une sorte d'état totalitaire, de dictature, où les femmes enceintes sont traquées pour être enfermées dans des centres. Là, elles sont nourries, juste ce qu'il faut pour mener leur grossesse à terme, et dès l'accouchement, on n'entend plus parler ni de l'enfant ni de la mère. Que leur arrive-t-il ensuite ? Succombent-elles à un sort funeste ou sont-elles choyées pour leur don à sauver l'humanité ? C'est dans ce climat anxiogène que Cedar Hawk Songmaker, une jeune femme de 26 ans découvre qu'elle est enceinte. Elle a été adoptée par Glen et Sera, un couple de blancs progressistes, plutôt aisés, qui ont toujours fait attention à leur nourriture, à l'écologie, à leurs semblables. Mais à l'aube de donner la vie à son tour, Cedar ressent le besoin de renouer avec ses racines. Elle part donc à la recherche de sa mère biologique, une Indienne qui vit avec sa mère et sa fille dans une réserve. Elle y découvre un autre mode de vie, une culture, un écho avec des choses profondément enfouies en elle. Les jours passent et plus sa grossesse avance, plus elle devient visible, plus il est urgent pour elle de trouver un moyen de se cacher, de fuir, de ne pas se faire capturer. À qui se fier ? Quel avenir pour elle et ce petit être qui se forme jour après jour dans son utérus et sur les pages du journal qu'elle tient ?

On pense bien sûr à La Servante écarlate de Margaret Atwood ou encore aux Fils de l'homme de P. D. James. Mais Louise Erdrich crée un espace-temps et une géographie bien à elle dans ce roman où le passé et l'avenir s'entremêlent pour provoquer à la fois une douce nostalgie, une vibrante curiosité et une glaçante incertitude. Un grand roman qui, à n'en pas douter, abolit toutes les frontières pour notre plus grand plaisir !

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