Chronique Les Filles au lion de Jessie Burton

Titre en compétition pour le 40ème Prix Relay des voyageurs lecteurs

Il y a deux ans, nous rencontrions Jessie Burton et son Miniaturiste (Folio), premier roman qui lui valut un succès public important. C’est peu dire que le suivant était attendu avec une grande impatience. L’essai a-t-il été transformé et réussi ? C’est ce que nous allons voir. Départ pour Londres, en 1967…

Laissons donc Amsterdam et le xviie siècle derrière nous, et tournons-nous vers une autre grande ville européenne et une autre époque. Dans les années 1960, la jeune Odelle Bastien quitte les Caraïbes pour Londres avec sa meilleure amie Cynth. Elle rêve de devenir écrivain. Mais pour payer le loyer de leur modeste appartement, elles trouvent toutes les deux un emploi de vendeuses dans un magasin de chaussures. Lorsque Cynth annonce à Odelle qu’elle quitte leur colocation pour vivre avec son fiancé Samuel, Odelle se sent abandonnée. Elle prend alors son destin en main et postule pour être dactylo à l’Institut Skeleton, une galerie d’art, discrète et haut de gamme. À défaut de pouvoir écrire ses textes, elle tapera ceux des autres. Cette galerie est dirigée par Edmund Reede, la soixantaine, un caractère bien trempé, plutôt conservateur, et Marjorie Quick, une femme élégante, moderne et mystérieuse. Lors d’une soirée, Odelle fait la rencontre de Lawrie Scott et tombe sous le charme de ce jeune homme qui ne semble pas s’offusquer de fréquenter une Antillaise alors que l’Angleterre puritaine de l’époque semble encore réprouver cette mixité. Lawrie possède un tableau signé des initiales I. R., hérité de sa mère, qu’il souhaite faire expertiser. Odelle lui conseille de prendre rendez-vous à la galerie. Lorsqu’il présente le tableau – représentant des filles et un lion – à Marjorie Quick, celle-ci quitte la galerie précipitamment, complètement perturbée. Qui sont ces filles sur le tableau ? Comment celui-ci est-il arrivé dans les mains de Lawrie Scott ? Et pourquoi Marjorie Quick semble-t-elle bouleversée par cette découverte ? C’est ce qu’Odelle va tenter de découvrir, elle-même en proie à des sentiments forts et contradictoires. Avec une grande habilité, Jessie Burton met alors en parallèle deux lieux et deux époques : le crachin londonien des années 1960 laisse place à la chaleur de l’Andalousie de 1936, et la jeune Antillaise Odelle à la jeune Anglaise Olive. Son père, le marchand d’art Harold Schloss, vient de s’installer pour quelques mois avec elle et sa mère dans une finca. Ils ont à leur service Isaac et sa demi-sœur Teresa, dont le père est un important propriétaire terrien de la région. Les tensions politiques se mêlent aux passions humaines et cette finca devient bien vite le lieu où plusieurs destins vont se mêler, se décider, se briser. Grâce à un important travail de recherches et une intuition exceptionnelle, Jessie Burton nous rend ses personnages, en proie aux tourments de l’Histoire et de leurs sentiments, plus vivants que jamais. Ils sont attachants, vibrants, passionnants, fascinants, mystérieux. Elle s’inscrit définitivement, avec ce deuxième roman, dans la grande tradition des « faiseuses d’histoires », comme Tracy Chevalier ou encore Donna Tartt, qui savent allier des histoires belles et amples à des personnages dotés d’une véritable épaisseur, le tout porté par une langue fluide.

Aurélie Janssens Librairie Page et plume (Limoges)

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