Chronique La Marcheuse de Samar Yazbak

  • Samar Yazbak
  • Traduit de l’arabe (Syrie) par Khaled Osman
  • Coll. «La cosmopolite»
  • Stock
  • 22/08/2018
  • 290 p., 20.99 €

Aurélie Janssens Librairie Page et Plume (Limoges)

Opposante à Bachar al-Assad, Samar Yazbek a dû fuir la Syrie et ne cesse, depuis, de témoigner de la situation dramatique de son pays en guerre. La Marcheuse pourrait être le roman de son précédent ouvrage Les Portes du néant (Stock et Le Livre de Poche).

À Damas, Rima est une petite fille comme tant d’autres. Elle aime se réfugier dans les livres, s’est créé un monde imaginaire et même un alphabet secret. Mais, si pour d’autres enfants, la lecture et l’imagination ne sont que des loisirs, pour Rima, ce refuge est devenu vital. Cette petite fille est atteinte d’un mal bien curieux. Ses jambes, ses pieds agissent indépendamment de sa volonté : ils peuvent parfois marcher sans pouvoir s’arrêter. Pour empêcher une fuite involontaire, elle passe ses journées attachée au lit dans sa maison et lorsqu’elle doit sortir, sa mère ou son frère la tiennent au bout d’une corde. Un jour pourtant, à un check-point, dans la confusion du contrôle, Rima échappe à la vigilance de sa mère et ne peut s’arrêter de marcher malgré les hurlements des soldats. Ce jour-là, Rima perd sa mère, ses espoirs, son innocence. Dès lors, son quotidien est fait d’errances, d’attentes dans des sous-sols sordides, de passages dans des hôpitaux de fortunes lorsque les bombes tombent trop près. Et l’imaginaire, brandi comme un bouclier contre les horreurs, devient de plus en plus ténu au fur et à mesure que la nourriture, l’eau, la compagnie et l’air viennent à manquer. Ce roman est bouleversant et douloureux. Si la gorge se serre en le lisant, si le regard fuit parfois à la recherche d’un peu d’air, il est d’autant plus nécessaire qu’il est encore sûrement en dessous de la vérité. Avec ce style original, légèrement étrange, Samar Yazbek poursuit ce qui ressemble désormais à un sacerdoce : continuer de témoigner et d’alerter sur la situation de la Syrie. Qualifier ce roman de nécessaire, voire vital, n’est en rien galvaudé ou exagéré. Il reste néanmoins la preuve que la force et l’espoir existent encore, et pas seulement dans les livres !

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