Chronique Ceux qui reviennent de Maryline Desbiolles

Aurélie Janssens Librairie Page et plume (Limoges)

« Mais est-ce qu’on fait un livre avec une idée ? » Telle est la question que se pose la narratrice au début de ce roman. Question éminemment littéraire, fondamentale, à laquelle nous pourrions répondre : « sinon, avec quoi d’autres ? »

L’idée : écrire la biographie d’un inconnu. Et bien que, semblant y renoncer pour cause de problème de procédure, Maryline Desbiolles nous livre bel et bien la vie d’un inconnu, ou plutôt d’une inconnue : sa famille. De celle-ci, il ne reste aujourd’hui que des noms sur des pierres tombales, des épitaphes, des photos, des dates et surtout des noms entendus lors de repas, de vacances en famille. Les sœurs Bertaina, blondes, sauf Odette, alcoolique, fantasque à la chevelure flamboyante ; les Verduschi, dont l’origine reste incertaine, un grand-père bigame chef de deux familles, l’une italienne, l’autre savoyarde, René, Luc, Gaby Benevento, le cousin, et même un « W. » réduit à une étrange initiale comme si tout le monde souhaitait qu’il restât inconnu. Arbre généalogique complexe aux branches embrouillées qu’elle compare volontiers au mimosa avec ses ramures frêles et ses fleurs fragiles, elle plonge dans ses souvenirs, ceux qu’elle a entendus, ceux qu’on lui a racontés, pour remonter le fil et retracer le parcours de ces étrangers pourtant si proches. Fascisme, communisme, Groupe de Travail des étrangers, massacres sur la place publique, chaque membre fut témoin et acteur de l’Histoire. La Seconde Guerre mondiale bien sûr mais aussi la vie politique d’aujourd’hui dans ce pays niçois où les étrangers ne sont plus les bienvenus (Front National, patriotisme). Bien loin de la « vallée rouge » souhaitée par son grand-père, c’est une « vallée blanche » qui est désormais le paysage de Maryline Desbiolles. Vallée où s’est récemment déroulé un autre fait divers sur lequel elle revient : la tuerie de Chevaline. Avec cette langue poétique et libre qui lui est propre, l’auteure joint la terre des cimetières au ciel où volent les grues, le souvenir à la littérature. Baba Yaga, l’Ogre, Héphaïstos, Loth, et d’autres figures mythologiques émaillent ce récit parcellaire, comme autant de contes dans lesquels il faudrait se perdre pour mieux se retrouver.

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